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Olivier Nduhungirehe : l’homme à tout dire de Kigali

Olivier Nduhungirehe : l’homme à tout dire de Kigali

Ce lundi 5 août 2019, le Groupe d’Initiative France-Rwanda a lancé une pétition visant à dénoncer et condamner les « propos scandaleux d’un membre du gouvernement rwandais qui s’est réjoui de la mort de Pierre Péan, écrivain et journaliste d’enquête français » dans une publication facebook du 26 juillet 2019 « un négationniste de moins ça fait du bien. Le million de Tutsis victimes du génocide ne le laissera pas reposer en paix ».

Dans cette pétition qui a déjà recueilli près de 400 signatures en quelques heures, les auteurs demandent au gouvernement rwandais de « présenter des excuses publiques et officielles à la famille de Monsieur Pierre Péan choquée par tant d’inhumanité de la part d’un membre de ce gouvernement. » 

Le groupe d’Initiative France-Rwanda demande enfin au président français Emmanuel Macron « qui a su trouver les mots justes pour rendre un hommage appuyé à Monsieur Pierre Péan, de saisir Son Homologue rwandais le président Paul Kagame, afin qu’il prenne les mesures nécessaires pour rappeler son ministre à l’ordre. »

Ce n’est pas la première fois que le ministre rwandais Olivier Nduhungirehe, numéro deux de la diplomatie rwandaise, souvent vu comme « l’homme à tout dire de Kigali » et surnommé « le Ministre des réseaux sociaux » par la communauté rwandaise, suscite l’indignation par des prises de paroles indécentes. En décembre 2018, l’un de ses tweets avait été à l’origine de tensions diplomatiques entre Pretoria et Kigali

Dans cet article, Jambonews revient sur les cinq tweets d’Olivier Nduhungirehe qui ont le plus marqué la communauté rwandaise par leur manque de professionnalisme et qui ont suscité son indignation. 

1. Mort de Pierre Péan « ça fait du bien » 

La palme de l’indécence du secrétaire d’Etat aux affaires étrangères du Rwanda revient sans aucun doute au message publié par ce dernier suite au décès du journaliste d’investigation français Pierre Péan le 26 juillet 2019 « un négationniste de moins ça fait du bien. Le million de Tutsis victimes du génocide ne le laissera pas reposer en paix. »

L’ironie du sort observe un rédacteur au sein de Jambonews dans un billet d’humeur publié sur le média The Rwandan est que ce Ministre qui pousse l’indécence jusqu’à s’arroger le droit de parler au nom des « âmes du million de morts du génocide perpétré contre les tutsis » exprime en prive les mêmes positions que Pierre Péan au sujet des événements tragiques au Rwanda depuis 1990 et qui valent au journaliste français d’être aujourd’hui qualifié à tort de négationniste par le virevoltant diplomate.  

2. Décès de Camir Nkurinziza « la police a agi de manière professionnelle » 

Toujours dans le registre macabre, le tweet publié par l’ancien ambassadeur du Rwanda en Belgique le 31 mai 2019 au sujet de la mort de Camir Nkurunziza en Afrique du Sud mérite une place de choix dans ce funeste classement. 

Dans l’après-midi du jeudi 30 mai 2019, des hommes tentaient d’enlever Camir Nkurunziza, un ancien garde du corps de Paul Kagame, chauffeur Uber à Cape Town. La voiture roulait à vive allure, et comme l’ancien militaire d’élite rwandais devenu opposant politique se débattait, la voiture s’est mise à zigzaguer, ce qui a attiré l’attention de la police sud-africaine qui s’est alors mise à sa poursuite. Des coups de feu ont ensuite été tirés par la police et la victime ainsi qu’un assaillant ont été abattus. Les deux autres hommes ont été arrêtés et un procès devrait s’ouvrir à la rentrée 2019. 

Alors que dans d’autres pays, l’Etat dont la victime a la nationalité est en général le premier à demander que la lumière soit faite sur de tels événements, le gouvernement du Rwanda, via un tweet de son homme à tout dire, s’est exprimé quelques heures seulement après la mort de son citoyen et a félicité la justice sud-africaine « Les tirs émanant de la police de Goodwood en Afrique du Sud contre des car jackeurs qui n’obéissaient pas aux injonctions de la police, qui ont accidenté d’autres voitures et qui sont sortis de la voiture avec des couteaux ne peuvent jamais être qualifiés d’« exécutions extra judiciaires ». La police sud africaine a agi d’une manière professionnelle. »

Peu de temps auparavant le diplomate avait déjà donné le ton sur la position de son gouvernement sur ce décès « Alors, Camille Nkurunziza, un membre de l’organisation terroriste RNC de Kayumba Nyamasa puis du FNL de Callixte Nsabimana, était aussi un car-jackeur en Afrique du Sud. Il a été tué hier soir par la police de Goodwood alors qu’il résistait avec un couteau à son arrestation. Criminel un jour, criminel pour toujours».   

Quelques heures après, la police consciente d’avoir abattu par erreur la victime d’un car jacking se rendait au domicile de Camir Nkurunziza présenter ses excuses à sa veuve et ses cinq enfants

Le procès attendu pour la rentrée devrait permettre de répondre à la question de savoir si Kigali est derrière cette tentative de kidnapping, ce qui selon la presse sud africaine pourrait être un nouveau test diplomatique entre Pretoria et Kigali.

En août 2013, le frère de Camir Nkurunziza, Innocent Kalisa, également ancien garde du corps de Paul Kagame, avait été enlevé en Ouganda alors qu’il était sous la protection du HCR. Quelques mois plus tard il était réapparu dans les geôles rwandaises avant d’être jugé et condamné à 15 ans de prison. 

Depuis le début du mois de juin 2019, quelques jours après la mort de Camir Nkurunziza, son autre frère, Fred Mugarura qui travaillait comme comptable au sein de Crystal Ventures à Kigali est porté disparu. 

3. Les congolais :  un « peuple candide »  

A côté des tweets macabres, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères s’est souvent distingué par des tweets s’en prenant à des peuples étrangers comme la population congolaise qualifiée dans son ensemble de « peuple candide ». 

Le 10 janvier 2014, une rumeur du décès Paul Kagame se repend comme une trainée de poudre dans la ville de Goma. En quelques heures à peine des centaines de citoyens congolais descendent dans les rues de Goma, Bukavu, ou encore Beni afin de « célébrer » la nouvelle et les images se rependent sur les réseaux sociaux.  

A la vue de ces images, le sang du diplomate, ne fait qu’un tour et ce dernier s’en prend à l’ensemble de la population congolaise qu’il qualifie de « peuple candide vivant toujours à l’ère primitif » et communiquant par « pigeon voyageur ». 

4. Les belges : « descendants de Leopold II et assassins de Lumumba»

Les belges en ont également pris pour leur grade lorsque le 21 mai 2013, le ministre belge de la Coopération au développement, Jean-Pascal Labille, annonce son intention de se rendre à la mi-juin au Rwanda et en juillet en République démocratique du Congo (RDC), en appelant Kigali à adopter une « attitude constructive » dans la région des Grands Lacs.

La réponse du bouillant diplomate ne se fait pas attendre, ce dernier estimant que « des descendants de Leopold II et des assassins de Patrice Lumumba » n’avaient aucune leçon de morale à donner sur la RDC.  

5. La France un pays où la « chienlit » est érigée en mode d’expression politique

La France, pays dans lequel l’indécent diplomate devrait être accueilli avec les honneurs dans quelques jours à l’occasion du sommet du G7 n’est guère mieux lotie en étant présentée comme un pays ou la « chienlit » est érigée en mode d’expression. 

Le 02 décembre 2018, en effet, le virevoltant homme à tout dire de Kigali voyant les images des violences sur l’avenue des Champs-Élysées en marge du mouvement de contestation des « gilets Jaunes » ne se privait pas de réagir. 

A la différence des autres diplomaties qui exprimaient leur solidarité au peuple français, le secrétaire d’Etat a vanté le modèle politique rwandais en dénigrant le modèle français « il fait bon vivre dans un pays où la chienlit n’est pas érigée en mode d’expression politique ! »

D’autres tweets comme celui du 31 août 2012 qualifiant Didier Reynders, le Ministre des affaires étrangères belge de « Papa Colon », ou celui du 6 novembre 2018 évoquant « l’amertume de la défaite » de Michaelle Jean qui lui « fait perdre la tête » suite au sommet de la francophonie ou encore celui du 13 septembre 2018 qualifiant quatre anciens ministres français de la francophonie de « nonagénaires mitterrandiens » toujours accrochés à la« francophonie néocoloniale » auraient mérité de figurer dans le classement. 

Mais dans les 48 851 tweets postés par le diplomate aux multiples comptes sur les réseaux sociaux en l’espace de seulement 9 ans, un choix devait être opéré.

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