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Rwanda : Une république ou une monarchie ?

Rwanda : Une république ou une monarchie ?

Les premières démonstrations de Paul Kagame envers l’histoire ancestrale du Rwanda, via la gestion catastrophique du retour du Roi Kigeli V Ndahindurwa par exemple, donnaient l’image d’un président distant des us et coutumes de l’histoire du Rwanda. Pourtant, après avoir changé la constitution qui lui permet de régner sur le Rwanda pendant 34 ans, plusieurs sources affirment que Paul Kagame préparerait ses enfants, Ange Kagame en tête, en vue de lui succéder. Un parti politique « Abanyamurage » s’est déclaré ce 22 juin 2020 et a déjà déposé sa première proposition au parlement, qui n’est autre que l’ intronisation de Paul Kagame comme roi du Rwanda.

Le Roi Kigeli V Ndahindurwa, un concurrent indésirable

 Le retour au Rwanda du Roi Kigeli V Ndahindurwa n’a été possible qu’après sa mort et c’est dans un cercueil qu’il fera son retour au pays. L’accueil de la dépouille royale (umugogo en kinyarwanda) fut particulièrement remarquée pour sa médiocrité. Un ancien dirigeant du Rwanda, dernier symbole d’un passé ancestral, méritait très certainement un accueil avec les honneurs d’une personnalité de son rang.

Umugogo w'Umwami Kigeli V Ndahindurwa ukigera mu Rwanda ...
Itangazo rimenyesha abanyarwanda itanga rya Nyiringoma Umwami w ...

A son enterrement, à Nyanza, le 15 janvier2017, les hauts responsables de l’Etat boudèrent cette cérémonie. En effet, le président Paul Kagame avec plus de 700 dignitaires, préféra se retrouver dans une rencontre annuelle, le « National Prayer Breakfast » au Convention Center de Kigali. L’initiateur de cet événement mondial, le groupe « The Fellowship fondation », est un des sponsors de la guerre du FPR de 1990. C’est également ce groupe qui organisa la rencontre entre Kagame et Kabila fils, après la mort de Kabila père, dans leur domaine appelé « Cedars » en Virginie. Une sorte d’organisation mafieuse qui tisse sa toile d’influence politique au nom de Jésus !

Il est vrai que Kagame avait rencontré le Roi aux Etats-Unis pour l’inviter à rentrer au Rwanda comme un citoyen ordinaire. Le Roi lui avait alors répondu : « je me considère toujours comme un souverain constitutionnel, car je n’ai jamais été démis de mes fonctions par le peuple rwandais, le référendum ayant été truqué par les Belges ». Et il confia par la suite à la journaliste Colette Braeckman : « Je ne veux pas rentrer au Rwanda comme simple individu, je n’ai pas envie de connaître le même sort que le roi Ntare du Burundi (assassiné après son retour d’exil). Au Rwanda pour le moment, on meurt facilement, surtout quand on est en concurrence avec Kagame. »

En effet, pendant la guerre ou après la victoire armée du FPR, plusieurs membres influents dans l’armée furent étrangement éliminés. Nous pouvons citer entre autres :

  • Le Captain Kayitare Védaste surnommé « Intare Batinya » (Le lion qui fait peur à ses ennemis) par la chanteuse Kamaliza, actif dans toutes les opérations importantes du FPR, Commandant du 101 bataillon et héros de la guerre de Ruhengeri où il délivra les prisonniers dont le Colonel Lizinde Théoneste en 1991. Il fut abattu en allant à Mulindi après avoir été appelé pour une urgence à l’état-major de Mulindi, en période de cessez le feu lors des négociations d’Arusha. Le Commandant des FAR à Byumba, le Colonel Bahufite se rendit à son enterrement pour saluer la mémoire de ce grand rival.
  • Le colonel Steven Kalisholisho Ndugute qui avait une grande influence dans l’armée du FPR et qui a subi une véritable campagne de dénigrement par l’équipe de Kagame en 1993 avant d’être mis sur une voie de garage et d’être éliminé.
Kubohora u Rwanda:Intambara y'ubutita – Ingenzinyayo
Colonel Ndugute – Operation Commander
  • Le Lieutenant Aloys Rupari, le colonel Wilson Rutayisire alias Shaban porte-parole du FPR, le colonel Charles Ngoga concurrent économique, le major Rachid Mugisha alias Kyojo, le major John Birasa…

Ce refus de rentrer au Rwanda pourrait expliquer l’attitude de Kagame lors de ces obsèques. Cet épisode a mis en lumière la lutte d’influence, qui remonte à la révolution de palais  de Rucunshu de 1896, entre deux clans rivaux : Le clan royal Abanyiginya du Roi Kigeli V Ndahindurwa et la maison Abakagara du clan Abega dont est issu le président Paul Kagame. Avec la volonté du Roi Ndahindurwa de jouer son rôle royal, ces tensions se sont invitées dans la réalité du pays.

Des confrontations claniques sans merci,  

Sous le règne du roi Nyiginya  Kigeli IV Rwabugili, Rwakagara, un noble du clan bega, a démontré un sens critique, une habilité stratégique et une bonne étoile qui lui ont permis de marier sa fille Kanjogera au roi Rwabugili, de faire nommer son fils Kabare au rang des grands notables et de faire marier son fils Ruhinankiko à la princesse Nyiramukesha, sœur du roi Rwabugili. Cette prouesse diplomatique permit à sa maison (Abakagara) d’avoir une influence considérable dans les affaires du royaume depuiscette période.

Cette influence alla jusqu’à convaincre le roi Rwabugili de déroger aux règles du code ésotérique et désigner Kanjogera comme la future reine-mère de son successeur Mibambwe IV Rutalindwa. En effet, le code prévoyait que le nouveau roi était intronisé avec sa mère comme reine-mère, cette dernière étant aussi puissante, voire plus que le roi surtout lorsque celui-ci était encore mineur au moment de son intronisation. Les reines-mères provenaient des 4 clans matri-dynastiques dans un ordre de succession établi par le code Ubwiru. D’après le code, c’était au tour du clan des Abakono de donner la mère du successeur de Rwabugili. Rutalindwa, le successeur désigné étant déjà orphelin, il fallut désigner une reine-mère de remplacement, rappelons que sa mère avait été assassinée sur ordre de Rwabugili lors d’une des nombreuses purges qui ont émaillées son règne. 

Le 22 décembre 1889 eut lieu l’intronisation du roi Mibambwe IV Rutalindwa avec Kanjogera du clan Abega comme reine-mère. La route vers le pouvoir était grande ouverte pour la descendance de Rwakagara, ne restait plus qu’à éliminer le roi et le remplacer par le propre fils de Kanjogera.  Ils devinrent si puissant qu’on commença à parler des Abakagara au lieu des Abagaga (Gaga était le père de Rwakagara).

Kanjogera et ses deux frères, Kabare et Ruhinankiko commencèrent alors une campagne pour mettre de leurs côtés les chefs influents, ceux qui s’opposaient à leurs projets furent éliminés comme Nkangabenshi, Mugugu fils de Shumbusho, Bisangwa fils de Rugombituli et Sehene. Ils déclarèrent ensuite la guerre à Rutalindwa. C’est la révolution de palais de 1896 plus connue comme « coup d’Etat de Rucunchu » dans laquelle le roi Mibambwe IV Rutalindwa et toute sa cour s’immolèrent par le feu après leur défaite.

Cette révolution de palais marqua une profonde fissure dans la haute noblesse tutsi. Beaucoup de nobles Abakono furent mis à l’écart et d’autres fuirent vers l’Ouganda. Les Banyiginya fidèles à Rwabugili et Rutalindwa furent tués et dépossédés. Cette fissure de la noblesse se perpétue jusqu’à nos jours ! 

Cette confrontation se poursuivra sous le règne du roi Nyiginya Yuhi V Musinga, quand ce dernier finira par prendre l’ascendant sur sa mère Kanjogera.  Kayondo, lui aussi du lignage de Rwakagara, du clan Abega fut le meneur pour reprendre l’influence à Musinga. Il était le leader du groupe « Inshongore », qui réunissait la haute noblesse qui voulait utiliser l’influence des colons belges pour rivaliser avec l’influence du roi. Ce groupe profita des rivalités entre Musinga, protecteur de la culture rwandaise et les administrateurs belges comme Defawe et Lenaerts, pour créer un véritable pôle d’influence en coopérant intelligemment avec les belges pour la réduction du pouvoir royale et en acceptant de faciliter les intérêts des colons belges.

 La puissance de ce groupe fut telle que Musinga ne contrôla plus la chaîne du système de clientèle et dût se rapprocher des pères blancs pour contrecarrer ce groupe. Ainsi assista-t-il à l’inauguration de la cathédrale de Kabgayi, mais ce rapprochement avec les pères blancs venait trop tard, son destin était déjà scellé.  Il fut chassé de Nyanza le 14 novembre 1931 et emmené à Kamembe, sous la surveillance du chef Rwagataraka du même clan que Kayondo.

L’influence du Clan de Paul Kagame dans la nouvelle république 

Excédé par cette influence grandissante, le parlement du Rwanda sorti en 2012, un rapport accusant les personnalités de la haute noblesse proche du président Kagame, de bénéficier de marchés économiques par favoritisme. Parmi les personnalités de la haute noblesse citées dans ce rapport, nous trouvons Rwangombwa John, gouverneur de la banque national depuis 2013, Kampeta Sayinzoga responsable de la banque de développement du Rwanda (BRD). Cette protestation n’eut aucun effet sur cette main mise.

Pour parfaire cette prise de contrôle du secteur économique, plusieurs sociétés furent confisquées à leurs propriétaires, ou mise en difficultés financières notamment par des contrôles fiscaux et les hommes d’affaires les plus influents tués ou poussés à l’exil pour les plus chanceux. Ainsi furent assassinés de célèbres hommes d’affaires comme Rwigara Assinapol et Venuste Rwabukamba ; d’autres comme Rujugiro Tribert et Sisi Evariste prirent la fuite. Ces personnes ont pourtant eu un rôle plus que déterminant dans la victoire du FPR, mais la vision du FPR et les intérêts de ses membres sont relégués au second plan et parfois aux oubliettes au profit du contrôle financier par la famille de Paul Kagame.

Le dernier meneur du lignage Abega-Abakagara, le président Paul Kagame, essaye tant bien que mal de construire un royaume dans une république. Pour ce faire, il a dû éliminer tous les prétendants aux pouvoirs, les anciens militaires du FPR cités plus hauts, de véritables héros du FPR pendant la guerre de 1990-1994. La guerre au Congo servit également à l’élimination des militaires que Kagame jugeait gênants pour son hégémonie.  Dans ce groupe militaire du FPR, Kagame a instauré comme dans l’ancien temps, des châtiments corporels à ses officiers. Depuis lors, des claques sont régulièrement distribuées aux officiers supérieurs du FPR par Kagame à chaque contradiction et à chaque colère comme nous le reporte le lieutenant-colonel Balthazar Ndengeyinka.

Toute personne menaçant le système établi par cette faction fut éliminée. La liste est très longue. Nous pouvons citer entre autres : le capitaine Kalisa Mupende (directeur des finances dans le bureau du président), Théogène Turatsinze (directeur de la Banque rwandaise de développement) ; André Kagwa Rwisereka (qui a quitté le FPR pour créer le Parti démocratique des Verts), le ministre de l’Intérieur Seth Sendashonga, le préfet Pierre-Claver Rwangabo ; le ministre de la Justice Alphonse-Marie Nkubito ; le colonel Cyiza Augustin (président de cour de cassation) ; Monseigneur Gasabwoya qui avaient aidé beaucoup de Tutsi à trouver des places scolaires au Rwanda et au Burundi, Monseigneur Nsengiyumva, Archevêque de Kigali ; Maitre Nzamwita Toy ; le docteur Gasakure (médecin personnel du président Kagame) ; Assiel Kabera conseillé à la présidence,  le colonel Patrick Karegeya et bien d’autres.

Cette rivalité clanique se retrouve également au cœur de l’opposition entre le général Kayumba Nyamwasa et le général Paul Kagame. Nyamwasa étant membre du clan Nyiginya, désireux de voir reprendre l’influence au clan de Kagame. Mais également avec le général Jean Bosco Kazura, un Nyiginya influant, qui avait pu garder de l’influence de part le fait qu’il venait du Burundi et donc potentiellement moins dangereux que les Nyiginya venu de l’Ouganda.

Si la guerre que commença le FPR en 1990 était présentée comme une guerre d’un peuple qui voulait rentrer dans son pays et libérer ses frères, une distinction deviendra de plus en plus claire, au fur et à mesure que Kagame prendra le contrôle sur le FPR. Une différence d’égards et de traitement entre les réfugiés de 1959, où se regroupe la plupart des anciennes familles de la haute noblesse, les réfugiés tutsi de 1961 et 1973 avec généralement un statut social moins important à l’époque de la royauté, les réfugiés d’avant 1959 qui avaient fui les monarques de l’époque (comme les réfugiés de la guerre de Rucunshu en 1896), ceux qui ont fui la famine Ruzagayura en 1943-1944, ou encore les tutsi implanté en Masisi par les autorités coloniales Belge entre 1935 et 1955 (Référence : Stratégie du chaos et du mensonge). Les tutsi qui n’étaient pas réfugiés en 1990 et étaient restés au Rwanda, étaient quant à eux considérés comme étant dévalorisés, comme étant sacrifiables. 

Bien que la volonté de diriger le pays comme un royaume semble prédominer et que certains médias proches de pouvoir mettent les bouchées doubles pour faire avaler la pilule au peuple rwandais, les rwandais de tout bord, ne souhaitent pas entrer dans un système féodal sous la coupole du clan Abega-Abakagara où cette caste pourrait alors régner indéfiniment sans partage au détriment de l’histoire et de tout un peuple.

Robert Mugabowindekwe

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