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Rwanda : accusés d’avoir lu un livre ils risquent 15 ans de prison ferme

Rwanda : accusés d’avoir lu un livre ils risquent 15 ans de prison ferme

C’est ce vendredi 5 novembre que la justice rwandaise doit se prononcer sur la libération provisoire ou le maintien en détention préventive des 8 opposants politiques et du journaliste rwandais arrêtés le 13 octobre 2021, la veille d’une journée internationale de solidarité avec tous les prisonniers politiques du Rwanda, surnommée « INGABIRE DAY ». Jambonews a pu prendre connaissance des actes d’accusations contre les personnes arrêtées.

Le mercredi 13 octobre, le journaliste et directeur du média « Umubavu.com » Théoneste Nsengimana ainsi que plusieurs autres personnes ont étés  arrêtées dans différentes régions du pays. Les autres personnes arrêtées sont Hamad Hagenimana, Emmanuel Masengesho, Alphonse Mutabazi, Marcel Nahimana, Jean Claude Ndayishimiye, Alexis Rucubanganya, Sylvain Sibomana et Joyeuse Uwatuje, soit 8 membres du parti politique « Dalfa UMURINZI » que Victoire Ingabire tente de faire enregistrer au Rwanda depuis plus d’un an. 

Cette « rafle », qualifiée par Human Rights Watch, d’«intensification de la répression contre l’opposition au Rwanda » a eu lieu à la veille de la journée internationale de réflexion sur les prisonniers politiques rwandais et dont les cérémonies en ligne devaient être diffusées sur la chaine YouTube Umubavu TV. 

Le journaliste Théoneste Nsengimana lors de la première audience de comparution

Les personnes arrêtées sont accusées « d’association de malfaiteurs », « de propagation de fausses informations dans le but de ternir l’image du pays », « de propagation de rumeurs » ainsi que « d’incitation au désordre public ». 

Jambonews a pu prendre connaissance des accusations dressées contre les prévenus et qui pourraient leur valoir des condamnations allant jusqu’à 15 ans de prison. 

Le crime principal qui leur ait reproché, est d’avoir lu un livre intitulé « comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes ». Ce livre, connu mondialement a été écrit par Srdja Popovic, un des fondateurs du Centre pour les actions et stratégies non violentes appliquées (CANVAS). Il est décrit comme une sorte de manuel « qui se veut humoristique » à destination de « ceux qui veulent améliorer efficacement leur quartier, faire une différence dans leur communauté ou changer le monde de façon non-violente.»

En plus d’avoir lu et avoir appelé à lire le livre, il est reproché à plusieurs accusés d’avoir également suivi toute une série de formations en ligne organisées par deux personnes originaires de Serbie autour des stratégies de résistance non violente comme les manifestations, le boycott ou encore la sensibilisation des citoyens à leurs droits. 

Selon le parquet rwandais, tous ces actes sont « répréhensibles » par la loi rwandaise au motif qu’il s’agirait de se préparer à lever une révolution ou à tout le moins, à causer des troubles de l’ordre public.

Au centre des preuves matérielles présentées par la redoutable police judiciaire Rwandaise(Rwanda Investigation Bureau, RIB), figure une séquence vidéo publiée sur UmubavuTV du journaliste le 12 octobre 2021, et qui appelle le public à avoir une pensée pour les prisonniers politiques rwandais ainsi qu’à toutes ces personnes, comme Kizito Mihigo, Gerard Niyomugabo, Boniface Twagirimana, Anselme Mutuyimana, Syldio Dusabumuremyi et bien d’autres qui ont été assassinées ou kidnappées au Rwanda en raison de leurs idéaux politiques. 

Pour le parquet rwandais, cette vidéo est « une intense sensibilisation appelant les citoyens à haïr l’Etat en évoquant les personnes que l’Etat aurait tué, les personnes victimes de disparitions forcées, et d’autres choses qui montrent la volonté de faire en sorte que la population haïsse l’Etat ».

Le Parquet estime qu’en partageant cette vidéo, les accusés se sont rendus coupables de l’infraction d’incitation au désordre public « car on y évoque des personnes kidnappées, tuées, emprisonnées pour leurs opinions par l’Etat rwandais ». 

C’est également sur cette vidéo que le Parquet fonde l’accusation de « propagation de rumeurs » au motif que « dans la vidéo il est affirmé que Kizito Mihigo a été tué alors que l’enquête a montré qu’il s’est suicidé », ou encore que Cassien Ntamuhanga et ses compagnons ont été kidnappés, ce qui pour le parquet est également une rumeur.

Mozambique : Le sort d’un demandeur d’asile rwandais soulève de graves inquiétudes | Human Rights Watch (hrw.org)

Il est également reproché à Sylvain Sibomana et quelques autres, d’avoir,  « dans le but de donner du poids à la « Ingabire day » », fait circuler un message appelant les rwandais au Rwanda et aux quatre coins du monde à mettre une photo d’eux avec la légende « que le rwandais soit respecté», une formule appelant à donner de la valeur à la vie du citoyen rwandais.  

Enfin, le Parquet reproche aux accusés le fait d’avoir voulu composer une chanson visant à sensibiliser une partie de la classe populaire à leurs droits ou encore d’avoir eu l’intention de distribuer des tracts sur lesquels seraient marqués « nous en avons assez d’être tués, d’être kidnappés, d’être tabassés, de voir nos impôts détournés, et d’être victimes de disparition forcée. »  

Face à ces accusations surréalistes, le Comité de protection de journalistes a appelé ce 3 novembre 2021 les autorités rwandaises à « libérer immédiatement et sans conditions le journaliste Théoneste Nsengimana et cesser d’harceler les journalistes ».

Le verdict sur la libération ou détention préventive des prévenus dont le prononcé est prévu ce vendredi 5 novembre est très attendu tant au Rwanda, qu’à l’étranger.

Ruhumuza Mbonyumutwa 

Jambonews.net

« Traduction française du texte de la vidéo du 12/10/2021 qui figure au centre de l’accusation »

Rwandaises, Rwandais,

Jeudi quatorze octobre, où que vous soyez, rejoignez d’autres Rwandais dans la lutte contre l’extrême injustice qui continue à se commettre contre les Rwandais. Prenez un moment pour penser à Kizito MIHIGO ainsi qu’à tous ceux qui sont emprisonnés pour leurs opinions.

Au cours de cette année 2021 la situation a empiré. Ils ont emprisonné IDAMANGE IRYAMUGWIZA Yvonne, emprisonné Aimable KARASIRA et Christopher KAYUMBA, et ont fait disparaitre BAHATI Innocent. Ceux-ci sont venus s’ajouter aux nombreux autres qui ont été persécutés l’année dernière : comme Théophile NTIRUTWA qui a été emprisonné, ils ont fait disparaitre Vénant Abayisenga, ils ont kidnappé Paul RUSESABAGINA auquel s’est ajouté Cassien NTAMUHANGA kidnappé cette année.

Souvenez-vous aussi de ceux qui sont en prison depuis longtemps, nous devons lutter pour leur libération : comme Déogratias MUSHAYIDI, Dr Théoneste NIYITEGEKA, Dr Christophe MPOZAYO, Dr Joseph NKUSI, Professeur Léopold MUNYAKAZI, journaliste Phocas NDAYIZERA.  Souvenez-vous de beaucoup d’autres qui ont été victimes de disparitions forcées tels que Gérard NIYOMUGABO et Boniface TWAGIRIMANA. Souvenez-vous d’Anselme MUTUYIMANA et Syldio DUSABUMUREMYI qui lui a été sauvagement assassiné. La liste est longue et interminable.

Le 14 octobre est l’anniversaire de la journée « INGABIRE DAY ». C’est un jour pour se rappeler qu’il faut s’assurer que tous les prisonniers politiques et idéologiques soient libérés, que le Rwanda devienne un pays régi par l’Etat de droit et que les principes démocratiques soient respectés. 

Le thème de cette année est :  » EFFORT POUR LE RESPECT DE CHAQUE RWANDAIS ».

Les Rwandais vivant à l’étranger, pour la plupart des réfugiés, manifestent depuis un certain temps contre l’injustice qui est commise au Rwanda. Quelqu’un dirait que c’est facile pour eux, surtout que la plupart d’entre eux vit dans des pays qui respectent les droits de l’homme. Que pouvons nous faire si nous sommes au Rwanda ? Il y a quelque chose que vous pouvez faire.

A quatorze heures de l’après-midi, rejoignez nous. Où que vous soyez, tenez-vous debout; prenez cinq minutes pour penser à tous ceux qui sont victimes de l’injustice. Pour ceux qui croient en Dieu, dites une prière.

Souvenez-vous de ceux qui ont été tués pour avoir dit la vérité et avoir réclamé justice, les connus et les inconnus. Pensez à ceux emprisonnés pour des idées constructives. Appréciez et honorez ces héros emprisonnés dans tout le Rwanda, connus et inconnus, emprisonnés pour rien ou juste pour avoir exigé que les droits de chaque Rwandais, y compris les miens et les tiens, soient respectés. Ceci est le moment de réfléchir à notre rôle pour assurer le respect de chaque Rwandais.

CEUX QUI METTENT LEURS FORCES ENSEMBLE PEUVENT SOULEVER DES MONTAGNES!

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