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Rwanda : Le Kinyarwanda, une langue en voie de disparition

Publié : le 21 mars 2016 à 15:01 | Par | Catégorie: A la une, Opinion
Article d’opinion rédigé par Fabrice Ndikumana

D’après l’African Languages Academy-ACALAN, plus de 34 millions de personnes dans le monde parlent le kinyarwanda. Appartenant à la famille des langues du Ruanda-Urundi du groupe des langues bantoues, le kinyarwanda est la langue nationale du Rwanda et elle est parlée par la quasi-totalité des 12 millions d’habitants qui peuplent le pays des mille collines. Pourtant, jamais le kinyarwanda n’aura semblé autant en danger.

Le kinyarwanda, vecteur d’unité nationale

kiny-eng-dictL’unité, voilà probablement ce à quoi aspirent à l’unanimité toutes les nations. Il est primordial pour un état d’avoir des piliers sur lesquels peut reposer l’unité nationale. Dans certains cas, un passé historique peut contribuer à cela, mais dans la plupart des cas, une langue commune a le pouvoir d’unifier toute une communauté. Le pouvoir d’une langue est double, elle peut soit diviser une communauté étatique, soit l’unifier. Le premier cas arrive souvent quand plusieurs langues et dialectes sont utilisés au sein d’un même pays. Dans le second cas, une langue nationale pour un pays donné peut renforcer le patriotisme, le sentiment d’appartenance à un ensemble commun ainsi que la construction et l’adhésion à une culture commune. Le cas rwandais est extrêmement complexe. En effet, le Rwanda est l’un des seuls pays d’Afrique qui a la chance (ou la malchance, selon les sensibilités) d’avoir une langue identique à l’ensemble de sa population. Malgré les divisions ethniques qui ont jalonné l’histoire du Rwanda, la présence d’une langue commune est certainement l’un des éléments qui a contribué à éviter l’éclatement total de la société rwandaise.

Ainsi, les Rwandais vivant au Rwanda et tous ceux disséminés sur tous les continents ont longtemps considéré le kinyarwanda comme le fondement de la culture et de la transmission de la connaissance. Cette vision est une conviction qui a été partagée par Julienne Uwacu, la ministre rwandaise de la Culture et du Sport, lors de son allocution à l’occasion de la fête nationale du kinyarwanda le 21 février dernier: « Être civilisé, connaître des langues étrangères, cela ne doit pas nous faire oublier notre langue. Toutes les nations qui se sont développées et qui sont économiquement riches l’ont été pour avoir tenu jalousement à leurs langues et cultures. Elles ont de puissants et éclairés dirigeants, des artistes de grande renommée qui ont construit leurs talents sur les valeurs culturelles ancestrales ». Plusieurs thématiques avaient été traitées lors de cette cérémonie, notamment les avantages pouvant découler de la mise en place sur le marché international de produits labélisés en kinyarwanda, ou encore le travail mené par l’Académie rwandaise visant à enrichir le kinyarwanda.

L’intronisation de l’anglais

Les 12 millions de Rwandais sont cependant confrontés à une nouvelle langue depuis quelques années, l’anglais. En effet, l’anglais est devenu la langue officielle de l’enseignement secondaire et celle de l’administration en 2008, et on observe dans plusieurs domaines de la vie sociétale un intérêt de plus en plus prononcé pour la pratique de l’anglais au détriment du kinyarwanda.

Langue internationale permettant une ouverture sur le monde, personne ne pourrait contester les nombreux avantages qu’apporte l’anglais. D’abord, l’anglais est sans conteste une opportunité pour les Rwandais car il leur permet de mieux communiquer avec leurs voisins ougandais et tanzaniens. Ensuite, la pratique de l’anglais est un signal positif et d’ouverture à d’éventuels investisseurs internationaux. Enfin, c’est aussi une opportunité pour un apprentissage plus accru, car la connaissance de l’anglais permet un accès à un éventail d’ouvrages et d’écrits contemporains plus large.

kabyinzozi

« Kaby’Inzozi » alors que cela devrait être « Kabya Inzozi » (rêves grand) dans une campagne de publicité de Ecobank, l’une des plus importantes banques du Rwanda

Pour autant, la pratique d’une langue étrangère devient un problème quand elle se fait au détriment de la langue nationale. Sur les routes rwandaises, il est devenu monnaie courante de retrouver des panneaux publicitaires écrits en kinyarwanda avec des fautes d’orthographe et de syntaxe, alors que ceux écrits en anglais sont quant à eux rédigés sans la moindre erreur. N’y a-t-il pas lieu de se poser des questions sur les conséquences de l’avénement de l’anglais au Rwanda ? À ce propos, on peut également observer des lacunes dans la mise en valeur de la langue. En réunion par exemple, en présence d’un acteur externe, la réunion se déroulera dans la langue de cet acteur en question. Cette action est souvent justifiée comme représentative de la culture rwandaise car elle illustre l’importance accordée à l’accueil, et de ce fait on honore la présence d’un invité externe. Cependant, cet acte de politesse ne contribuerait-il pas à la sous-valorisation du kinyarwanda ?

On pourrait croire que ce sont principalement les jeunes qui ont un attrait plus prononcé pour l’anglais au point d’emprunter de nombreux mots anglais quand ils parlent le kinyarwanda. Mais aujourd’hui, on observe au Rwanda que toute personne qui parle le kinyarwanda en insérant des mots anglais est perçue comme un intellectuel ou une personne de haut rang. Il n’est donc pas rare de voir des gens qui ont habituellement une parfaite locution en kinyarwanda angliciser leur discours. Le Président de la République, Paul Kagamé, n’est lui non plus pas exempt de tout reproche. Rares sont les discours qu’il tient entièrement en kinyarwanda. Même quand il s’adresse à une assemblée de paysans en pleine campagne, ses phrases se caractérisent souvent par un kinyarwanda mélangé à de l’anglais.

Le kinyarwanda symbole de l’identité rwandaise dans un monde globalisé

Le kinyarwanda a survécu aux divisions qui ont endeuillé le Rwanda. Malgré les divisions ethniques, régionalistes et politiques qu’a connues le pays des mille collines, tous ses enfants se sont toujours retrouvés autour des « imigani » (contes), « imigani migufi » (proverbes), « incamarenga » (dictons), « ibisakuzo » (devinettes) qui font la beauté du kinyarwanda. Si le socle commun que forme la langue nationale venait à disparaître, que deviendrait cette unité fragile et difficile à trouver qui fait tant défaut à la société rwandaise ?

Le kinyarwanda ne ralentira pas le Rwanda dans son apport au continent africain ou à l’humanité, il y apportera au contraire une plus-value. Cette langue est symbole d’une identité, d’une histoire, d’une culture et d’un art de vivre. Alors que l’African Languages Academy nous apprend qu’elle réunit aujourd’hui plus de 34 millions de locuteurs dans le monde, n’est-ce pas une raison suffisante pour lui redonner de la valeur ?

En ce 21ème siècle, le singulier tend à la globalisation. L’avènement d’une culture standardisé tend à détruire les particularités. Il tend également à détruire la richesse qu’apportent la différence et la singularité. Dans un monde parfait, chaque pays pris singulièrement apporterait une plus-value à la communauté internationale. Mais si les Rwandais perdent l’intérêt dans la pratique du kinyarwanda, pourtant pilier de leur culture, quelle sera alors leur plus-value au sein de cette communauté internationale ?

Article rédigé par Fabrice Ndikumana

Edité par Norman Ishimwe

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Un commentaire à “Rwanda : Le Kinyarwanda, une langue en voie de disparition”

  1. CESAR dit :

    Les raisons fondamentales sont les suivantes:
    Après sa prise du pouvoir par la force en marchant dans le sang des millions de Rwandais, Kagame a ordonné et supervisé les massacres des Rwandais en particulier
    1/ les professeurs d’école et d’université dont ceux de notre langue,
    2/ les médecins, dont les pionniers de la médecine au Rwanda à savoir Kayihigi Joseph, Etienne Mbarutso, Gatera Joffrey, Gahungu John New Port et autres jeunes médecins, généralistes et spécialistes,
    3/ les universitaires dans tous les domaines le mathématicien Kayuhura Aloys qui a été découpé en morceaux et brulé. Ses tueurs dont le cynisme dépasse l’impensable ont remis ses lunettes à sa veuve. Quant au Docteur Gatera Joffrey, il a été mis dans un tonneau puis brulé vif et son père, connu à Kibungo, alors âgé de plus de quatre-vingt-cinq ans a été découpé en morceaux avec une barbarie indescriptible. Docteur François Nturanye, médecin spécialiste et son épouse, Espérance infirmière, à l’hôpital de Byumba et leurs enfants, respectivement beau frère et soeur du Colonel Lizinde, pourtant officier supérieur dans l’armée de Kgame, ont été liquidés par les tueurs sur ordre de Kagame. La liste de cadavres de Rwandais universitaires à haut potentiel est longue, sans oublier ceux qui croupissent en prison. Ceux qui ont eu la chance de s’en sortir et trouvé refuge à l’étranger ont été et sont poursuivis par Kagame pour commission d’un prétendu génocide des Tutsi. Les cas du Père Wenceslas Munyeshyaka, Docteur Sosthène Munyemana, ex-professeur de médecine à la faculté de médecine à Butare, Docteur Rwamucyo Eugène et autres sont la parfaite illustration. Ngirabatware Augustin, un des meilleurs économistes rwandais et reconnu comme tel par la communauté des économistes des pays avancés n’a pas eu la chance. Il a été broyé par les sponsors de Kagame agissant pour le compte de celui-ci via le TPIR.
    4/ Kagame a décapité sa haute administration: les meilleurs éléments, du moins ceux qui n’ont pas été liquidés, ont pris le chemin d’exil. Les Hutu de service qui avaient intégré le régime Kagame ont subi le même sort. Exemple: alors qu’il avait décidé de servir le nouveau régime, Pierre Claver Rwangabo, premier rwandais Docteur en pharmacie industrielle a été liquidé par son chauffeur sur ordre de Kagame. Son cas n’est pas unique. Les autres ont été empoisonnés.
    Les conséquences logiques des méfaits de Kagame sont limpidement claires et insusceptibles de discussion.
    Kagame a décapité le Rwanda. Son administration comme tous les secteurs publics du pays a un personnel médiocre et ce, à tous les niveaux, sur le continent africain.
    En massacrant les enseignants et/ou en renvoyant ceux qui ont échoué au test d’anglais après l’enrôlement du Rwanda dans l’anglophonie, Kagame a décapité l’école rwandaise. Celle-ci s’est retrouvée et se retrouve encore avec des professeurs mercenaires venus du Burundi et de la RDC qui parlent le kinyarwanda de la rue ou un mélange imbuvable de kinyarwanda, swahili, kirundi etc. Ce sont ces individus ou les jeunes enseignants formés par ces premiers qui sont professeurs de kinyarwanda dans nos écoles. In fine, les élèves titulaires d’un certificat d’école secondaire, rares sont ceux qui sont capables d’écrire une lettre en kinyarwanda et encore moins un discours de quelques pages dans notre langue. Dans la haute administration rwandaise nettoyée de ses bons éléments par Kagame, c’est encore pire. Rares sont les haut fonctionnaires qui sont capables d’écrire une note de synthèse en kinyarwanda ou en anglais correct sur des faits qui relèvent de leurs champs de compétences. Illustration: les discours de Kagame en kinyarwanda sont sans structurellement ni tête ni queue alors qu’ils sont préparés pars ses collaborateurs, dits les meilleurs dont dispos le pays.
    A ces méfaits, il faut y ajouter l’existence d’une kleptocratie et d’une oligarchie qui concentrent tous les pouvoirs économique, politique et judiciaire en leurs mains d’une part et qui ont transformé le Rwanda en patrimoine privé sous la direction de Kagame d’autre part. L’école, l’essor de la culture rwandaise ou de notre langue ne sont nullement la préoccupation des oligarques kleptocrates. Le Rwanda a à sa tête des rapaces et voyous en tous genres. Leur préoccupation est d’optimiser la rentabilité de leurs portefeuilles confondus avec le portefeuille du Rwanda en sus des spoliations des milliers de Rwandais de leurs biens et d’un catalogue d’impôts qui pèsent sur les paysans rwandais. La vie des Rwandais ne les touchent pas outre mesure. Exemple: la famine frappe durement aujourd’hui des millions de Rwandais en raison d’absence des politiques économique et sociale du pays de la part de Kagame. Des milliers fuient vers l’Ouganda. Les enfants frappés de malnutrition avancée se comptent par milliers. Or, Kagame a refusé les aides alimentaires des des ONG pour secourir la population en détresse absolue, le tout nonobstant le nombre de morts de faim d’enfants rwandais. Kagame affame sciemment sa population en toute impunité au demeurant. L’agonie de notre langue sous Kagame n’est donc pas surprenante. Il faut espérer que la nature fera son travail avant que l’irréparable ne soit commis.

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