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Rwanda : L'indépendance sous l'ombre des gloires partisanes

Rwanda : L'indépendance sous l'ombre des gloires partisanes

 Le 1er juillet 1962 le Rwanda obtenait son indépendance. C’était 3 ans après la révolution sociale de 1959.  52 ans après, l’anniversaire de l’indépendance nationale a été minimisé, passé sous silence, voire dénigré. Ce fut d’abord après un premier coup de force par le Général Habyarimana pour s’emparer du pouvoir en 1973 qui fonda ensuite le MRND le 5 juillet 1975, parti unique jusqu’au multipartisme de 1991 ; puis après la prise de Kigali par le FPR le 4 juillet 1994, date qui prévaut désormais sur le 1erjuillet où presque rien n’est organisé pour revisiter l’histoire coloniale.

Juvénal HABYARIMANA

Juvénal HABYARIMANA


Durant le régime du MRND, le 5 juillet, date de création du MRND, a prévalu sur le 1er juillet. Ainsi les militants ne cessaient de clamer que Habyarimana avait sauvé le Rwanda au bord du gouffre du régionalisme et de l’ethnisme. Cependant l’histoire a démontré que le Rwanda n’a jamais été guéri de ces maux.
Depuis juillet 1994, le FPR a fait prévaloir sa victoire de conquête du pouvoir sur la fête nationale du 1er juillet. Cette conquête s’étant réalisée à la faveur d’une guerre qui a pris fin dans un bain de sang sans précédent, ceci a encore exacerbé les clivages ethniques. C’était donc aussi une victoire d’une ethnie sur une autre. Comment donc faire d’une victoire d’un mouvement rebelle ethnique une fête nationale ?
L’enjeu était-il réellement l’indépendance en 1962 ?
L’indépendance du Rwanda a été obtenue sans véritable lutte comme ce fut le cas dans d’autres colonies. Elle s’est faite dans la prolongation de la « Révolution sociale », qui était basée sur un mélange de lutte de classes sociales et d’appartenance ethnique ; paysannerie hutue contre l’aristocratie tutsie et les privilèges accordés aux Tutsi à la fois. C’est d’ailleurs dans ce sens que les ethnies au Rwanda pouvaient être vues comme constituant des classes sociales basées non sur la richesse mais sur des privilèges des uns et l’asservissement des autres, notamment sous le système d’Ubuhake, système de servage des Hutu et des Twa au profit des Tutsi. L’appartenance à ces ethnies n’est pas artificielle mais héréditaire, sauf cas rares et exceptionnels.
G. KAYIBANDA

G. KAYIBANDA


C’est aussi dans ces antagonismes que l’indépendance a été octroyée à la jeune république dirigée par une jeune élite hutue alors que l’aristocratie tutsie détrônée avait pris le chemin de l’exil. Cette dimension ethnique a profondément caractérisé cette période et explique partiellement le fait que le Rwanda n’a que des pionniers de la révolution mais pas de père de l’indépendance comme c’est le cas ailleurs. Il n’est donc pas étonnant de voir que le FPR, issu des réfugiés tutsis de 1959 notamment, passe sous silence l’indépendance qui a été octroyée dans le parachèvement de l’abolition de la monarchie héréditaire dont les monarques étaient, par voie de conséquence, tous tutsis.
Paul KAGAME

Paul KAGAME


Ainsi, sous le MDR de Grégoire Kayibanda, les dates qui ont marqué la « Révolution sociale » de 59 étaient grandement célébrées. Sous le MRND de Juvénal Habyarimana, ces dates ont continué d’être célébrées mais dans une moindre mesure comparée au 5 juillet. Aujourd’hui le 4 juillet, le gouvernement du FPR de Paul Kagame célèbre en grande pompe le jour de la « Libération ». Et pour cause, aucun de ces hommes ne fait consensus pour être considéré comme quelqu’un qui a lutté pour tous les Rwandais et qui les a traités sur un pied d’égalité.
Pacifique Habimana
Jambonews.net
http://www.olny.nl/RWANDA/Histoire_History/C_Nkurunziza_Conflit_Rwandais.html
(Re)Découvrez notre analyse à l’occasion de la fête de la libération.http://www.jambonews.net/actualites/20130707-rwanda-fete-de-lindependance-ou-fete-de-la-liberation/ . Paru le 7 juillet 2013

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