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Urwango Ngukunda : «une pièce émouvante, grave mais rafraichissante de vérité et d’humour »

Urwango Ngukunda : «une pièce émouvante, grave mais rafraichissante de vérité et d’humour »

C’est aux alentours de 20h ce dimanche 5 juillet 2015, au Bozar que s’est achevée la représentation de la pièce « Urwango ngukunda » proposée par la troupe « Urugero ». Le public est debout et applaudit longuement, très longuement les acteurs. L’effervescence qui émane alors du public trahit l’accueil enthousiaste reçu par la pièce. Les acteurs sont chaleureusement félicités, la communion avec le public est totale, les compliments pleuvent.

Artistes saluant le public

Une partie des artistes saluant le public


Pour Natacha rencontrée à l’extérieur de la salle, la pièce est « une claque », « un véritable éveil et un message limpide. » Décrivant les émotions ressenties, elle nous parle de « rires, de larmes, de surprise et d’enchantement face à la richesse de la jeunesse rwandaise ». Larissa nous cite pour sa part Arthur Adamov « Quand le monde visible et invisible se touchent et se heurtent », justifiant sa citation par le fait « de voir en face ce qu’on pensait invisible ». Inès nous décrit quant à elle « une pièce émouvante, grave mais rafraichissante de vérité et d’humour ». Pour Éric, « la pièce doit être saluée car elle aborde  les relations hommes-femmes après le génocide. On fait semblant que tout va bien alors que le problème existe et la jeunesse en souffre, plusieurs jeunes pouvant se retrouver dans l’histoire contée. »
Le début de la pièce est distrayant. Dans une ambiance décontractée au sortir d’une soirée, deux jeunes rwandais se rencontrent. L’histoire est un classique, Mugisha, un jeune homme romantique a un coup de foudre pour Nadia, une jeune fille à la beauté éblouissante, et lui donne son numéro. Peu de temps après, cette dernière le rappelle, et c’est le début d’une folle histoire d’amour. Les dialogues sont légers, conviviaux et on pense alors assister à un moment de pure convivialité. L’accompagnement musical, brillamment assuré par l’artiste Wills Tengaishy, nous aide à plonger au cœur de cette idylle amoureuse.
Après un an et demi d’aventure passionnée, Mugisha annonce à Nadia qu’il va en Tanzanie visiter son père. Nadia, qui vit avec sa tante après avoir perdu ses deux parents lors du génocide, comprend alors grâce à son entourage que Mugisha est certainement d’une autre ethnie et va probablement rendre visite à son père jugé pour génocide. Se profile alors une histoire d’amour impossible entre deux amants épris l’un de l’autre, un Roméo et Juliette à la rwandaise. On comprend que le sujet devient sérieux et les rires du public cèdent progressivement la place aux questionnements sur comment un sujet aussi délicat au sein de la communauté sera abordé. Au cours des dialogues qui suivent, le public assiste dans un silence de cathédrale à la représentation. Le peu de rires restant sont étouffés, chaque parole des acteurs est minutieusement scrutée.
Mugisha et Nadia

Le bien nommé Rukundo Mugisha en compagnie de Nadia


Le texte est piquant, par moments bouleversant, mais il est juste et reflète avec une précision chirurgicale l’état actuel de la société rwandaise. Le sujet est très sensible et sera pourtant abordé sans filtre ni tabou. Il fallait un courage inouï pour briser en public des tabous que les Rwandais osent à peine briser en privé. Tout au long de la représentation, la troupe aura marché sur des œufs, mais sans jamais les casser. Au final, le public sera conquis et tant le message que la manière dont il aura été délivré seront unanimement salués.
Avant même d’en connaître le contenu, cette pièce était déjà un événement d’ampleur. En effet, que des jeunes rwandais ayant grandi à l’étranger dont certains avaient, au départ de l’aventure, un Kinyarwanda balbutiant décident de s’investir afin de relever le défi de nous proposer une pièce de théâtre 100% en Kinyarwanda en plein cœur de Bruxelles, était déjà en soi un accomplissement grandiose à saluer. A l’issue de la pièce, on est conquis : le mélange de la forme et du contenu aura donné un cocktail détonnant au goût de chef-d’œuvre.
Et c’est sous l’émotion et des applaudissements nourris que Victor Jyambere, l’auteur de la pièce, conclura les remerciements : « Ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise. »
Ruhumuza Mbonyumutwa
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