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Droits de l’Homme au Rwanda : Répondez Monsieur le Président !

Droits de l’Homme au Rwanda : Répondez Monsieur le Président !
De gauche à droite : Illuminée IRAGENA, disparue depuis le 26 mars 2016, Jean Bosco RUKUNDO, abattu par la police le 1er février 2019, Alexia UWERA MUPENDE assassinée le 8 janvier 2019, Jean Baptiste Icyitonderwa, prisonnier politique, Gérard NIYOMUGUGABO disparu depuis le 4 avril 2014, Leonille GASENGAYIRE, prisonnière politique, Jean Claude NIYITANGA abattu par l’armée le 6 septembre 2018, Emile GAFIRITA enlevé au Kenya le 13 novembre 2014, Assinapol RWIGARA assassiné le 4 février 2015, Colonel Patrick KAREGEYA assassiné en Afrique du Sud le 1er janvier 2014, Leon Orsmond disparu à Kigali depuis le 27 mars 2018, Boniface TWAGIRIMANA disparu d’une prison haute sécurité depuis le 8 octobre 2018, Lionel NISHIMWE disparu depuis le 9 février 2017, Maître Donat Mutunzi tué dans une cellule de prison le 23 avril 2018, Dr. Emmanuel GASAKURE abattu dans une cellule de prison le 25 février 2015, Deogratias Mushayidi, prisonnier politique, Hubert GASHAGAZA tué le 18 septembre 2018, Thadeyo Muyenzi, disparu depuis le 26 décembre 2016.

Contribution externe: Article d’opinion soumis pour publication par Steve Kabagema

Le président Paul Kagame a été encore une fois égal à lui-même en montrant le mépris qu’il a pour les droits humains qu’il ravit à son peuple. Dans une entrevue diffusée sur France 24 entre le Président Paul Kagame et Neven Mimica, Commissaire européen à la coopération et au développement, le numéro un rwandais s’est emporté quand fut soulevée par la journaliste la question de l’état des droits humains au Rwanda.

Pourtant, les graves violations des droits humains par le régime rwandais sont fort bien documentées tant et si bien que les rapports alarmants s’accumulent années après années. Un groupe de jeunes rwandais ont même récemment lancé un site internet www.rwandanlivesmatter.site pour alerter l’opinion publique sur les violations graves et continues des droits de l’Homme commises par le régime rwandais. Sur cette question, l’homme fort de Kigali défend énergiquement la position que le Rwanda est un pays à part qui n’est en rien concerné par les droits humains universels. Manifestement, à lui seul appartient le privilège de déterminer la définition à donner aux droits humains quand il s’agit de son peuple. La journaliste lui a présenté des questions très simples qui sont posées à tous les présidents rencontrés dans un contexte d’entrevue.

Interview de Paul Kagame sur France 24

Au lieu d’y répondre en donnant une explication sur les arrestations abusives, les tueries et disparitions sans enquêtes (Assinapol Rwigara, Boniface Twagirimana ; Illuminée Iragena…), les bavures de la police qui tue des réfugiés manifestant pacifiquement et les petits voleurs de nourritures et de bétails, il s’écarte des sujets abordés en s’attardant à d’autres questions : développement du pays, mutuelle de santé pour tous, produits d’exportations augmentés, et j’en passe. Et quand la journaliste insiste pour obtenir les réponses attendues, en esquivant les manœuvres de diversion, le président s’emporte en l’attaquant de front. Sa réaction est digne d’un chef belliqueux confrontant ses opposants et tous ceux qui osent contester son autorité :

« Vous devez arrêter avec votre complexe de supériorité, toute cette absurdité sur les droits de l’homme. Nous, on s’est battu pour les droits de l’homme et la liberté de nos peuples, plus que quiconque, y compris vous qui continuez à parler de cette absurdité. Là, souvenez-vous d’où venait notre pays et où on l’ a emmené, cela parle pour nous. Vous devriez arrêter de dire aux autres quoi faire ou ne pas faire, même si ce n’est pas à votre goût. Mais pour qui vous prenez-vous ?»

Analysons sa réponse : on lui pose la fameuse question sur l’état des droits humains au Rwanda et il s’emporte en se cachant derrière la tragique récente histoire du Rwanda. Mais qu’importe, tel un monarque absolu acclamé par sa Cour, après cette phrase, la toile s’est déchaînée, le Président a été félicité par ses supporteurs. Mais peu parmi eux ne se voient forcés de subir les abus de son pouvoir. On constate que la plupart sont des privilégiés du régime ou comptent parmi la diaspora qui, pour la plupart (et c’est là que réside l’ironie), a probablement fui ce pays pour conserver leurs droits qu’ils chérissent tant qu’ils sont en occident mais qu’ils refusent de reconnaître aux rwandais de l’intérieur. On aurait pu penser que la réponse de Paul Kagame à la journaliste aurait dû embarrasser son vis-à-vis, Neven Mimica, Commissaire européen à la coopération et au développement. Il n’en est rien. Il lui a même donné un appui de taille en ajoutant une couche au mépris envers les droits humains par un tweet de soutien inconditionnel : « Ne créons pas de fausses polémiques. Je ne me suis pas du tout senti attaqué par le Président Kagame lors de notre dialogue sur France24 car ses propos ne m’étaient pas adressés. Notre dialogue est constant, cordial, et constructif, et il le restera.‘’

Le pouvoir absolu du monarque Kagame sur les vies humaines dépasse les frontières du Rwanda. Il s’étend du Rwanda à l’Afrique centrale et Australe jusqu’en Europe dans une violation des droits des citoyens de ces pays (rwandais naturalisés et réfugiés). Il viole en toute impunité la souveraineté de ces pays alors que leurs services de renseignements sont parfaitement au fait de ces agissements. En effet, il y a quelque chose que le Général Kagame sait pertinemment bien.  Quand les leaders mondiaux occidentaux parlent des droits humains, il s’agit de leur peuple : ils n’ont aucun respect envers les droits humains des pays africains ou des autres contrées du tiers-monde. Sinon, l’ancien chef rebelle ne serait pas leur cheval de Troie pour aller piller le Congo en se foutant complètement de la perte des vies humaines qui dure depuis des décennies.

Des supporters de Paul Kagame manifestant à Bruxelles en juin 2019
Des supporters de Paul Kagame manifestant à Bruxelles en juin 2019

Est-ce dire que Kagame ne connait pas le principe du droit humain? Non, tout simplement, ce concept dans le « pays de Paul Kagame » est à géométrie variable.  Les principes universels des droits humains ne concernent que lui ou son entourage(aussi longtemps qu’il se tient tranquille). Pour preuve, lorsqu’il est dos au mur et qu’il doit absolument répondre sur le sujet, il fait remarquer que personne ne parlait de ses droits pendant ses 30 années passées comme refugié. Et maintenant qu’il est au pouvoir, les droits humains se déclinent en termes de développement du pays à savoir les buildings de Kigali (n’a-t-il pas juré qu’il tuerait quiconque oserait détruire le Kigali Convention Center ?), l’augmentation de l’exportation, le pourcentage élevé des femmes au parlement, le bannissement des sacs en plastique, etc… C’est sa réponse toute entendue à chaque question relative aux droits humains au Rwanda.

Personne ne semblait vouloir questionner cette réponse répétée  à chaque question dérangeante. Selon les statistiques du gouvernement, depuis 1994, le pourcentage de rwandais sous le seuil de la pauvreté est passé de 77% à 39%, tandis que l’espérance de vie a augmenté de 29 à 67 ans. Ces chiffres sont utilisés et acceptés par la communauté internationale y compris les grandes organisations internationales comme la FMI et la Banque mondiale. Or, il a été démontré que le Rwanda manipule les chiffres sur son niveau de pauvreté et quand bien-même les chiffres présentés ci-dessus seraient vrais, on oublie qu’en 1994 le Rwanda sortait d’une guerre de quatre ans qui s’est soldée par un génocide. Comparer le Rwanda de 1994 au Rwanda de 2019, pour ce qui est de l’espérance de vie et de la pauvreté comme base de comparaison entre le régime de Paul Kagame et celui de son prédécesseur est complètement erroné.

Mais le Rwanda paye des millions et des millions aux firmes de communications internationales les plus réputées pour souligner ses réalisations économiques afin de dissimuler la répression qu’il fait subir à son peuple sous un manteau de paillettes. Pire encore, il faut reconnaître que le développement du Rwanda n’a rien d’extraordinaire quand on compare son dernier indice de développement humain (2018) à celui des pays qui l’entourent.

Les droits fondamentaux des rwandais réclamés par tous font rire à Kagame. Il n’en a cure de ces orphelins qu’il a privé de leurs parents, de ces veuves qu’il a privé de leurs maris, de ces familles qui vivent dans l’espoir de voir un jour revenir un membre de leur famille disparue. À quoi s’attendre en matière de droits humains d’un président qui se targue de tuer ses adversaires, qui menace son peuple de tirer sur lui en plein jour, qui humilie ses ministres et son armée devant la population. Alors que la pauvreté est extrême au pays et que le chômage frappe les jeunes avec des taux records jamais atteints, le Président est en train de remplir ses comptes en banque en vidant les caisses de l’État. Il fait du lobbying pour être invité dans les événements internationaux pour y prendre la parole et ceci pour deux raisons: siéger aux tables d’honneurs dont il raffole et brasser des affaires à son compte. À ses détracteurs qui se moquent de lui en faisant remarquer qu’il n’est jamais au pays, il les nargue outrageusement en multipliant les vols hors-frontières, plusieurs dizaines sur la seule année écoulée. Les rwandais peuvent aller crever, ce n’est pas son problème. C’est un homme d’affaires qui se déplace pour son propre business et qui n’a à rendre des comptes à personne.

Les rwandais doivent prendre leur mal en patience car le respect des droits humains n’est pas pour demain dans le pays de Paul Kagame. En effet, la force du Général rwandais lui permettant de se comporter en vrai tyran est renforcée par une seule chose : la faiblesse des partis d’opposition et ceci pour longtemps encore.  Les droits humains au Rwanda sont encore relégués aux calendres  grecques.

Un fait inédit, à le voir s’emporter et s’agiter pour une simple question de droits humains dans son pays, cet enfant chéri de l’occident, leader visionnaire et démocrate selon Bill Clinton et Tony Blair, ne tiendrait pas cinq minutes dans un débat électoral et ce même lorsque confronté à un novice de la politique.

Steve Kabagema

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