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Rwanda: nouvelle arrestation du chanteur Kizito Mihigo

Rwanda: nouvelle arrestation du chanteur Kizito Mihigo

Ce vendredi 14 février 2020, la très crainte police judiciaire (Rwanda Investigation Bureau – RIB) a confirmé l’arrestation du chanteur chrétien Kizito Mihigo pour avoir tenté « de traverser illégalement la frontière en vue de se joindre à des forces terroristes qui combattent le pays ainsi que pour corruption » a-t-elle annoncé sur son compte twitter. Sur les réseaux sociaux, l’incompréhension côtoie l’indignation face à la nouvelle.

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C’est au cours de la matinée du 13 février 2020 que des informations faisant état de l’arrestation de Kizito Mihigo à quelques pas de la frontière burundaise ont inondé les réseaux sociaux. Selon plusieurs médias locaux, le chanteur, bagages sur les épaules aurait été intercepté par des paysans à proximité de la frontière burundaise.  Il leur aurait ensuite proposé une enveloppe contenant 300 000 francs rwandais (290 euros) afin de l’aider à traverser la frontière ; une offre que les paysans auraient refusé avant d’appeler les forces de sécurité qui ont procédé à son arrestation. 

En avril 2014, le chanteur, icone de l’unité et la réconciliation au Rwanda avait été porté disparu, quelques semaines seulement après avoir sorti une chanson dans laquelle il appelait à honorer la mémoire de toutes les victimes de la tragédie rwandaise «  Le génocide m’a rendu orphelin. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir de la compassion pour d’autres personnes qui ont été victimes des violences qui n’ont pas été appelées « génocide »… Ces frères-là, ce sont aussi des êtres humains, je prie pour eux…ils ont toute ma compassion…je les porte dans mes pensées … (…) il n’existe aucune bonne mort, que cela soit une mort causée par le génocide, la guerre, ou causée par ceux qui commettent des  crimes des vengeances »»  entonnait il notamment dans deux des refrains. 

Deux semaines après sa disparition, et sous pression de la presse locale et internationale la police avouait finalement le détenir et le chanteur avait été paradé, menottes aux mains et entouré de plusieurs policiers, devant la presse.

Durant la courte conférence de presse qui s’en était suivie, l’artiste avait avoué les crimes qui lui étaient reprochés en reconnaissant  avoir eu des échanges par internet avec Calixte Sankara, orphelin du génocide des tutsis tout comme Kizito Mihigo, devenu depuis opposant et dans lesquels il tenait des propos très critiques à l’encontre du régime dirigé d’une main de fer par le Général Paul Kagame.

Le 27 février 2015, le chanteur est condamné par la Haute Cour de Kigali à 10 ans d’emprisonnement pour conspiration contre le gouvernement après avoir plaidé coupable. Il fait appel de cette décision auprès de la Cour suprême mais se désiste peu de temps avant la tenue du procès en appel.

Le 14 septembre 2018, le Ministère de la Justice rwandais annonce la libération de 2140 condamnés parmi lesquels l’opposante politique Victoire Ingabire Umuhoza ainsi que le chanteur chrétien Kizito Mihigo, à la suite d’une grâce présidentielle accordée par le Général Kagame. Kizito Mihigo sort de prison après quatre années et demi d’incarcération et retrouve une liberté en demi-teinte.

En effet, à l’instar de l’opposante rwandaise, sa libération est assortie de conditions telles que l’interdiction de quitter le territoire sans autorisation, ou encore l’obligation de se présenter chaque mois au parquet et cela durant toute la période d’incarcération qui leur restait. 

Moins de deux années plus tard, le chanteur est donc à nouveau arrêté, accusé  d’avoir violé les termes de sa libération en « traversant illégalement la frontière » ainsi que pour corruption. 

Des accusations qui font jaser sur les réseaux sociaux, Philibert Muzima, un citoyen canadien d’origine rwandaise commente ainsi sur Facebook « Ces deux accusations n’ont aucun fondement. Il n’a jamais traversé la frontière. Il a été dit qu’il a été arrêté à 10 minutes de la frontière. Autre chose, il a été arrêté dans sa région de naissance. Cela voudrait-il dire que chaque citoyen qui apparaitrait chez lui près de la frontière pourrait être emprisonné pour avoir « voulu » traverser la frontière ? » c’est un non sens et un procès d’intention. Par ailleurs, le crime de corruption est impossible en l’espèce dans la mesure ou la personne qu’il aurait voulu corrompre n’était pas en position d’autorité. Il est impossible pour un citoyen ordinaire de donner un pot de vin à un autre citoyen ordinaire. Les pots de vins, concernent des dirigeants en position d’autorité. Que le RIB le relâche, il a assez souffert. »

Pour Claude Gatebuke, citoyen américain d’origine rwandaise, l’arrestation de Kizito Mihigo n’est ni plus ni moins qu’une preuve de plus que le Rwanda est une «prison à ciel ouvert».

Le RIB a en tout cas annoncé qu’une enquête avait été ouverte concernant les crimes dont le célèbre chanteur est « soupçonné » afin de soumettre son dossier au parquet. 

Si le chanteur chrétien est reconnu coupable, il risquerait de devoir purger le reste de la peine qu’il lui restait à purger au moment de sa libération et pourrait donc théoriquement ne pas être libéré avant l’année 2025.

Ruhumuza Mbonyumutwa
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