À la suite de la signature du Protocole sur le désarmement, la démobilisation et le cantonnement entre les FDLR et le Gouvernement de la République démocratique du Congo, conclu dans le cadre de la mise en œuvre des Accords de Washington, JamboNews a souhaité donner directement la parole à la principale partie concernée, à savoir les FDLR, afin de comprendre les raisons de leur engagement dans ce processus, leur lecture de cet accord et les perspectives qu’elles lui donnent.
Alors que les efforts diplomatiques se multiplient pour tenter de ramener une paix durable dans la région des Grands Lacs, la réalité sur le terrain demeure dramatique. Les combats se poursuivent dans l’est de la RDC et les réfugiés rwandais continuent de figurer parmi les principales victimes de ce conflit, vivant depuis des décennies dans l’insécurité, l’exil et l’incertitude.
Dans ce contexte particulièrement sensible, JamboNews s’est entretenu par téléphone avec Cure Ngoma, porte-parole des FDLR. Au cours de cet échange, il s’est montré serein et apaisé, revenant sur les motivations du mouvement, sa lecture du protocole récemment signé et les attentes qu’il nourrit à l’égard de ce nouveau processus politique. Les propos qui suivent engagent exclusivement leur auteur.
Jambonews: Les FDLR viennent de signer un protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement avec le Gouvernement de la RDC dans le cadre des Accords de Washington. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans cette démarche à ce moment précis ?
Cure Ngoma: Les FDLR ont décidé de s’engager dans cette démarche afin de soutenir l’Accord de paix de Washington signé le 04 Décembre 2025 entre le Rwanda et la République démocratique du Congo. À travers cette décision, nous souhaitons également montrer à la communauté internationale que, depuis leur création, les FDLR se sont toujours inscrites dans une logique de paix et de recherche d’une solution politique.
Ce protocole marque-t-il un changement de stratégie des FDLR, avec le choix assumé de privilégier une solution politique plutôt qu’une approche militaire ? Si oui, comment définissez-vous cette nouvelle orientation ?
Ce protocole ne constitue pas un changement de stratégie pour les FDLR, car notre mouvement a toujours défendu une solution politique au problème rwandais. Il suffit de rappeler qu’au cours du processus de Kamina en 2001, puis lors des initiatives menées à Kanyabayonga, Walungu et Kisangani entre 2013 et 2018, les FDLR avaient déjà pris l’initiative de déposer les armes. À chaque étape, nous avons demandé à la communauté internationale de s’impliquer afin de favoriser un dialogue inter-rwandais hautement inclusif. Cette démarche s’inscrit donc dans la continuité de cette position.
Le protocole accorde une place importante à la question des réfugiés rwandais et à leur retour volontaire, sûr et digne. Pourquoi considérez-vous que cette question est au cœur des conflits qui affectent la région des Grands Lacs depuis plus de trente ans ?
Nous considérons que la question des réfugiés rwandais est au cœur des conflits qui affectent l’Est de la République démocratique du Congo depuis plus de trente ans parce que le régime de Kigali, pour des visées hégémoniques et économiques, continue d’utiliser la présence de ces réfugiés comme prétexte pour justifier ses agressions contre la RDC.

Le protocole ouvre la voie à un dialogue sur les causes profondes du conflit, notamment la question des réfugiés et l’ouverture de l’espace politique au Rwanda. Quelles évolutions concrètes attendez-vous désormais du Gouvernement du Rwanda afin que ce processus puisse aboutir ?
Nous attendons avant tout du Gouvernement rwandais qu’il mette fin aux attaques contre les réfugiés rwandais. Nous estimons également indispensable qu’il ouvre l’espace politique au Rwanda et qu’il accepte la tenue d’un dialogue inter-rwandais véritablement inclusif. Ce sont, à nos yeux, des conditions essentielles pour permettre à ce processus d’aboutir.
Les autorités rwandaises ont vivement rejeté ce protocole et réaffirmé leur opposition à tout dialogue avec les FDLR. À l’inverse, certains y voient une main tendue historique ouvrant la voie à un règlement politique des causes profondes du conflit. Quel message souhaitez-vous adresser aujourd’hui au Gouvernement du Rwanda et jusqu’où les FDLR sont-ils prêts à s’engager en faveur d’une paix durable si cette ouverture était saisie ?
Nous demandons au Gouvernement rwandais de cesser d’utiliser la présence des FDLR en RDC comme prétexte pour envahir ce pays. Nous rappelons également que les responsables des graves violations des droits de l’homme commises sur le territoire congolais depuis plus de trente ans devront, tôt ou tard, répondre de leurs actes devant la justice.
Pour ce qui est de la paix, les FDLR n’épargneront aucun effort pour atteindre leurs objectifs, avec une préférence claire pour une solution pacifique et négociée.
Quel rôle attendez-vous désormais des États-Unis, des Nations Unies, de l’Union africaine, du HCR, de la MONUSCO, de la Communauté de Sant’Egidio, de l’European Institute of Peace et des autres partenaires impliqués dans la mise en œuvre des Accords de Washington afin que ce processus aboutisse ?
Nous attendons de l’ensemble de ces partenaires qu’ils exercent davantage de pression sur le régime de Kigali afin qu’il mette un terme aux attaques contre les réfugiés rwandais, qu’il cesse les agressions contre les pays voisins, qu’il ouvre l’espace politique au Rwanda et qu’il accepte enfin un dialogue inter-rwandais hautement inclusif.
Nous estimons également nécessaire que la communauté internationale œuvre à la mise en place d’un tribunal pénal international chargé de juger les auteurs des crimes commis en République démocratique du Congo depuis 1996.
Quel message souhaitez-vous adresser aujourd’hui aux centaines de milliers de réfugiés rwandais vivant encore en RDC, dans les camps de réfugiés en Afrique ou en exil à travers le monde, qui suivent avec beaucoup d’espoir ce nouveau processus ?
Nous souhaitons avant tout dire aux réfugiés rwandais de continuer à garder espoir et à placer leur confiance en Dieu seul détenteur de la vérité. Nous voulons également leur assurer que les FDLR demeurent fidèles à leur mission : œuvrer pour la protection des réfugiés rwandais et pour leur permettre de rentrer au Rwanda dans la dignité.

Aimable Hakuzwimana
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