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Attentat du 6 avril 1994 dans JamboNews : Ignorance, oubli ou omission calculée?

Attentat du 6 avril 1994 dans JamboNews : Ignorance, oubli ou omission calculée?

Contribution externe par Philibert Muzima.

Le 7 avril 2020 commence la commémoration du 26ième anniversaire du génocide des Tutsi du Rwanda. Mais avant le 7 avril, il y eut une veille. Le 6 avril. Et c’est là où tout a commencé, avec le crash d’un avion dont les auteurs restent à identifier et leurs motifs à élucider. Les auteurs restent à identifier puisque les enquêtes menées vont dans tous les sens, laissant aux analystes le soin d’orienter les débats dans le sens de leurs convictions

La dernière analyse en date est une analyse publiée sur JamboNews qui, à la veille du début des commémorations, jette le pavé dans la marre. N’apportant aucune pièce au puzzle de cet imbroglio rwandais, les auteurs posent plutôt une litanie de questions ne répondant pas à l’énigme. Ils conduisent plutôt le lecteur dans un sens unique, l’abreuvant de questions dont la réponse est fournie d’avance. Et, sans surprise, ils le réfèrent aux écrits de Charles Onana cité à profusion. 

Vingt-cinq longues questions dirigeant subrepticement le lecteur à une seule réponse, omettant d’autres questions dont il est ici question de donner au même lecteur une autre perspective. 

Question principale : Et si la réponse à cette litanie de questions se trouvait dans la question N°13 que les auteurs formulent comme suit « Si comme l’immense majorité de la presse francophone l’a affirmé début 2019, la note de la DGSE du 22 Septembre 1994 désignant les FAR comme les auteurs de l’attentat avait une quelconque valeur probante, pourquoi les juges d’instruction, qui en disposaient depuis 2015, (cf sa déclassification), et qui pourtant avaient besoin d’arguments pour « blanchir » le FPR, l’ont-ils écartée? » ?

Poser une question, c’est y répondre.

Les juges français ont peut-être écarté des pistes qui auraient pu les conduire dans La Grande Muette ou aux Champs-Élysées. Allons-y voir! 

  1. Où sont les boîtes noires de cet avion? « Paul Barril déclare tenir « à la disposition des instances internationales » cette boîte noire supposée enfermer une « énigme » à même de livrer les clés du génocide. »[1] Espérons donc que Capitaine Paul Barril n’emportera pas les boîtes noires de notre avion dans sa tombe!
  2. Par quelle circonstance est-ce que ce dernier a pu se retrouver en premier sur le lieu du crash? Même si sa présence à Kigali est relatée dans le rapport de la commission d’enquête citoyenne, les auteurs prétendent que le Capitaine Barril se trouvait plutôt à New York[2]. Comme quoi un mercenaire de cet acabit n’était pas capable de brouiller les pistes.
  3. Quid de la mort, de François de Grossouvre, une balle dans la tête, dans son bureau aux Champs-Élysées, la nuit du 7 avril 1994? « C’est François de Grossouvre, le conseiller du président Mitterrand qui avait envoyé Barril au Rwanda. Or, Grossouvre s’est suicidé dans son bureau de l’Élysée le 7 avril. Soit le lendemain de l’attentat. Le jour où le génocide a commencé. »[3]

    François Graner se demande quant à lui les liens entre Grossouvre et le Rwanda, au-delà de la coïncidence des dates. « Grossouvre connaissait Habyarimana. Surtout, son exécutant, Paul Barril, était proche de Habyarimana et de sa famille … Barril cite lui-même le Rwanda dans sa liste des explications possibles de l’assassinat de Grossouvre. »[4]
  4. Question n° 16 : Est-il crédible que les extrémistes du coté de Habyarimana aient pu tirer un missile qu’ils n’ont jamais acheté et dont ils n’ont jamais appris le fonctionnement ? 

    Et la commande de missiles SAM 16 à la Russie par l’armée rwandaise et dont il est question dans le procès Bagosora? Aucune question là-dessus par les auteurs, ignorance de ce fait discuté près le TPIR ou juste une omission toute innocente? Les auteurs sont certainement loin d’ignorer catholiquement le document du 14 mars 1990 rapportant les échanges entre des responsables militaires rwandais et Georges Martres, ambassadeur de France à Kigali ou le Colonel Laurent Serubuga, chef d’état-major adjoint souligne qu’« Il urge d’acquérir dans un premier temps une batterie SAM 16 comprenant 12 lanceurs et 120 missiles [5]
  5. Que dire de la contradiction entre la toute première question soulevée par les auteurs et la vingt-deuxième et la vingt-troisième? Dans la première question, les auteurs se demandent « Pourquoi Paul Kagame s’est-il toujours violemment opposé à toute enquête de l’ONU » sur l’attentat du 6 avril. Mais à la 22ieme question, les mêmes auteurs affirment que c’est plutôt l’ONU qui a « refusé de mettre en place une commission d’enquête » et, à la 23ème, que l’ONU « a pu justifier qu’elle n’ait pas de budget pour enquêter sur l’attentat… »

Pour conclure, une question que les auteurs ne sauraient se poser, obnubilés par la seule thèse consistant à réécrire l’histoire du tutsicide : Et si l’attentat du 6 avril était plutôt l’œuvre d’une puissance étrangère et que le FPR n’en a été qu’un sous-traitant ou, par un retournement de situation, le plus grand bénéficiaire?

Gordon Kent n’écrit-il pas que l’avion fut abattu par cinq hommes parlant Français, vêtus d’uniformes de l’armée belge et de casques de combat de l’OTAN…[6]? Si la thèse d’une puissance étrangère était avérée, cela suffirait pour expliquer la raison de l’ombre qui entoure en permanence l’attentat du 6 avril 1994.

Contribution externe par Philibert Muzima.

Cet article est une réaction à l’article « Attentat contre l’avion du Président Habyarimana : 25 questions qui pointent vers la culpabilité de Paul Kagame » soumis pour publication par Gustave Mbonyumutwa et Alain Bernard[7] et publié dans nos colonnes le 6 avril 2020.


  1. https://www.lemonde.fr/idees/article/2009/04/08/le-pretendu-mystere-de-la-boite-noire-du-genocide-rwandais-par-patrick-de-saint-exupery_1178219_3232.html
  2. https://www.jambonews.net/actualites/20120615-rwanda-paul-barril-ne-se-trouvait-pas-a-kigali-lors-de-lattentat-contre-habyarimana/
  3. https://www.liberation.fr/planete/2012/06/08/rwanda-le-retour-du-mystere-barril_824907
  4. Graner, François; La mort de François de Grossouvre et le Rwanda; consulté en ligne sur http://cec.rwanda.free.fr/documents/Colloque-2011-11-12-Graner.pdf
  5. https://www.jeuneafrique.com/164106/politique/une-histoire-du-g-nocide-rwandais-5-quel-type-de-missile-a-abattu-l-avion-de-habyarimana/
  6. Kent, Gordon, Peacemaker, Berkley »Books, New York, 2002; pp1-7.
  7. Nom d’emprunt d’une personne ayant souhaité préserver son anonymat

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