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Rwanda : les 10 discours glaçants de Paul Kagame

Rwanda : les 10 discours glaçants de Paul Kagame

Ce samedi 9 mars 2019, lors de son discours devant les principaux officiels du Rwanda qui tenaient leur retraite annuel à Gabiro, Paul Kagame a reconnu la responsabilité de ses services dans l’assassinat de Seth Sendashonga.[1] Citant des informations contenues dans le livre de Gérard Prunier, le numéro un rwandais, a justifié cet assassinat en ces termes  « Il y a des éléments de vérité dans ce qu’écrit Prunier, nous avions cette information. En fait, Seth Sendashonga est mort parce qu’il a franchi une ligne rouge. Je n’ai pas beaucoup plus à dire, mais je ne vais pas m’excuser à ce propos ».[2] Depuis lors, ces propos ont suscité l’indignation au sein de la communauté rwandaise. Jean Baptise Nkuliyingoma, compagnon de lutte de Seth Sendashonga note avec amertume au micro de RFI que  « alors que Paul Kagame tenait ces propos, un nouvel opposant [Anselme Mutuyimana] était retrouvé mort au Rwanda ». Pour l’ancien Ministre de l’information, même le motif évoqué par Paul Kagame pour justifier cet assassinat est fallacieux « puisque l’ancien ministre de l’Intérieur avait échappé à une première tentative d’assassinat en 1996 et que beaucoup d’autres opposants ont été tués depuis »[3].
Cyrie Sendashonnga, la veuve de Seth Sendashonga emboîte dans le même sens « je tiens à rappeler qu’ils avaient d’abord essayé de le tuer le 26 février 1996, 3 mois seulement après avoir quitté le Rwanda (…) à ce moment il n’était pas question de cette réunion avec des généraux ougandais, on comprend donc que c’est un prétexte. » Selon cette dernière, la réunion évoquée par Paul Kagame quelques jours avant l’assassinat de Seth Sendashonga a bien eu lieu « mais il n’était pas question d’une attaque sur le Rwanda, Sendashonga n’avait pas d’armée, ce n’était pas un militaire, Museveni avait des inquiétudes de voir que le FPR se radicalisait et écartait tous les hutu « modérés » qui avaient collaboré avec lui, et voulait voir si il était possible de remettre Sendashonga et Kagame autour d’une table car il s’inquiétait de la tournure que prenaient les choses».  Pour la veuve de l’ancien Ministre de l’intérieur, les propos de Paul Kagame, qui la « blessent profondément » « ne nous apprennent rien de nouveau sur cet assassinat, ce qui est nouveau est qu’il s’en vante publiquement ».
Depuis que le numéro un rwandais a prononcé ces propos, plusieurs supporters du FPR, parti-Etat au pouvoir au Rwanda se lâchent sur les réseaux sociaux  pour se réjouir de la mort de Seth Sendashonga, certains allant jusqu’à affirmer que la mort de Seth Sendashonga n’est pas seulement une « bonne nouvelle » mais une « très bonne nouvelle ».


Ce n’est pas la première fois que le président Paul kagame prononce des propos qui choquent de la part d’un chef d’Etat. Dans cet article, Jambonews revient sur les 10 discours du Général Kagame ayant le plus choqué une opinion publique rwandaise qui bien souvent, tétanisée, se garde d’en faire la moindre critique publique.
 

  1. Abattre les réfugiés « that’s what we did » (avril 2010)

La palme du discours de l’horreur prononcé par le chef d’Etat rwandais revient assurément au discours prononcé par ce dernier le 13 avril 2010 dans la cérémonie d’investiture des nouveaux dirigeants de l’armée. Le remaniement de l’état-major de l’armée rwandaise avait entre autres placé James Kabarebe comme chef d’état-major général à la place du général Marcel Gatsinzi et avait été fait suite à la fuite du lieutenant-général Kayumba Nyamwasa en Ouganda pour rejoindre le colonel Patrick Karegeya, ancien patron des renseignements extérieurs du Rwanda. Cette fuite a été rendue officielle par  un communiqué publié le 26 février 2010 sur Radio Rwanda  par  la ministre rwandaise des Affaires étrangères, de l’époque, Louise Mushikiwabo, dans lequel elle disait que Kayumba Nyamwasa avait fui en Ouganda[4].
Aussi depuis plusieurs mois une équipe du Haut commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU se trouvait en RDC pour enquêter sur l’extermination de plusieurs dizaines de milliers de Hutu rwandais, burundais et congolais. C’est dans ce contexte que le Général Kagame fait le bilan des actions de l’Armée Patriotique Rwandaise entre 1994 et 2010 :  «Nous avons l’espoir, à commencer par les guerres que nous avons menées, ceux à qui nous disions vous avez fui de l’autre côté de la frontière, vous avez prévu de revenir déstabiliser notre pays, vous n’y arriverez pas au contraire on va vous poursuivre là-bas et vous demander des comptes ceux qui doivent être rapatriés, on les rapatriera, ceux qui doivent être abattus, on les abattra» avant d’ajouter en anglais « that’s what we did ».

« Les excréments »

Durant le même discours, il a évoqué les dissidents du FPR qui fuyaient le pays, les comparant à des « excréments »  «Nous avons réalisé toutes les promesses que nous avions fait aux Rwandais, ceux qui oublient cela à causse privilèges de leur nouvelle vie…ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent, la démesure a des conséquences, on laisse une partie faire ce qu’elle veut et l’autre partie nous l’écartons de notre chemin pour avoir la paix (… ) ceux qui sont en train de fuir le pays, dans la science quand on s’assoit à table pour manger, une fois rassasié le corps garde les nutriments utiles et expulse les excréments. Ceux qui partent sont comme ces excréments, cela veut dire que le corps a filtré».

 

  1.  « On les abattra  en plein jour » (juin 2014)

Le 5 juin 2014, quelques jours après que le département d’Etat américain ait formulé ses inquiétudes face à une nouvelle vague d’arrestation et de disparitions au Rwanda dans lesquelles il demandait à Kigali de respecter les procédures judiciaires conformément à un Etat de droit, Paul kagame réagit aux critiques et déclare devant les habitants du district de Nyabihu, dans le nord-ouest du pays :
« Ces gens-là qui déstabilisent le pays, ils n’ont pas de place ici, quand ils seront parmi vous, quand ils seront sur le point de menacer la sécurité, les autorités dont je vous ai parlé, ils ont pour ordre de ne pas les laisser retourner à leur provenance en paix. Je vous avertis, je vais aller droit au but : « celui qui échappera à votre vigilance, n’échappera pas à la vigilance des autres. Ce dont vous entendez parler, nous sommes au courant de l’actualité internationale, sur les radios ils disent que les gens sont portés disparus, ils sont en prison, nous ne croyons pas qu’ils soient une menace pour la sécurité, mais …Mais quoi ? Nous allons plutôt intensifier nos actions, nous n’allons pas seulement les capturer et les emprisonner, nous allons les abattre  en plein jour, si les gens veulent savoir la place de la sécurité dans notre société, nous allons la leur montrer».
 

 

  1. Culpabilisation collective des Hutu et menace contre le président tanzanien

Le 30 juin 2013, devant plusieurs centaines de jeunes rwandais dans le cadre du Youth connect Dialogue, Paul kagame, tranchant avec le discours officiel de son gouvernement qui nie l’existence des ethnies, promeut un programme de culpabilisation collective des Hutu pour le génocide commis contre les Tutsi et dans le même discours menace le Président de la Tanzanie qui avait appelé quelques semaines plus tôt à un dialogue entre Paul Kagame et son opposition.
Au sujet des Hutu, ce dernier invite les personnes de cette ethnie à se lever et demander pardon pour le génocide commis « en leur nom » « Même si tu n’as pas tué, lèves-toi pour demander pardon pour ceux qui ont tué en ton nom. (…)pourquoi tu vas te taire alors qu’il y a une personne qui a tué en ton nom ? » et l’ancien chef rebelle continue « Quand on a peur dans les actes et les paroles, de reconnaître les forfaits faits en son nom, on fait les affaires de celui qui les a fait, et on en tire bénéfice, ça ne doit pas se passer comme ça
Aussitôt son discours achevé, plusieurs jeunes Hutu se sont agenouillés ou levés pour demander pardon l’un d’entre eux déclarant « ce que je retiens du discours (de Paul Kagame) est que si je ne me lève pas pour dire ce que notre ethnie a commis, je serais un vaurien, notre ethnie a fait des mauvaises choses (…) du fond du cœur, notre ethnie a fait de mauvaises choses et je demande pardon pour cela  et quel que soit le prix à payer, je le payerai surtout dans les itorero (la jeunesse du FPR) (…) pardonnez-nous, pardonnez-nous, je sais que certains ne le reconnaitront pas, mais comprenez qu’on se distancie de cela  et qu’on vous demande pardon. »
Dans le même discours , le numéro un rwandais s’en était pris à Jakaya Kwikwete, alors président de la Tanzanie qui avait appelé à un dialogue entre le FPR et son opposition armée et non armée lors de l’ouverture du 21eme sommet de l’Union africaine le 26 mai 2013 à Addis-Abeba. En réponse, Paul kagame avait, faisant référence au Président tanzanien, répondu à ceux qui le conseillent de négocier avec les FDLR, « au moment opportun je vous frapperai (…) car  il y a des lignes rouges à ne pas franchir ».[5]
 

  1. Sur l’assassinat de Karegeya « le prix de la trahison »

Le dimanche 12 janvier 2014, dans le cadre d’un petit déjeuner en compagnie des responsables d’une communauté de prière, Paul kagame se prononce pour la première fois sur l’assassinat de Patrick Karegeya, son ancien bras droit devenu farouche opposant. Le corps de ce dernier avait été retrouvé étranglé dans une chambre d’hôtel à Johannesburg le 1er janvier 2014 et Kigali était pointé du doigt pour cet assassinat.
Commentant cette actualité le chef d’Etat rwandais avait déclaré « Face à quelqu’un qui n’a pas honte de détruire ce que nous avons mis du temps à construire, pour ma part, je n’ai aucun scrupule à protéger ce que nous avons construit (…) Ceux qui nous accusent d’être responsables ont fait de même un millier de fois pour défendre leurs nations » avant de poursuivre sous forme d’avertissement aux autres dissidents en exil « La trahison a des conséquences (…)tous ces types n’auraient rien été sans le Rwanda. C’est le Rwanda, qu’ils dénigrent aujourd’hui, qui a fait d’eux ce qu’ils sont » Et d’ajouter, en guise d’avertissement : « Quiconque trahit notre cause ou souhaite du mal à notre peuple deviendra une victime. Il reste seulement à savoir comment il deviendra une victime ».[6]

 

  1. Sur les opposants « idiots, malfaiteurs, divisionnistes » (août 2010)

Le 6 août 2010, en pleine campagne pour les élections présidentielles, qui se déroule dans un climat tendu suite à l’assassinat et l’emprisonnement de plusieurs opposants au Rwanda et quelques semaines après la tentative d’assassinat de Kayumba Nyamwasa, en Afrique du Sud en pleine coupe du monde, Paul kagame déclare, dans un discours dans lequel il confond en permanence sa personne avec celle du FPR son parti ainsi qu’avec l’Etat rwandais « ces gens qui se font tirer dessus à l’étranger et survivent, l’Etat rwandais ne loupe pas sa cible lorsqu’il tire. Il n’est pas non plus responsable de la sécurité des malfaiteurs qui vont vivre à l’étranger. Mais lorsque ces malfaiteurs disent qu’ils vont amener la guerre au Rwanda, que ce soit eux, que soit ceux qui les supportent, qu’ils essayent, on va les frapper, au point qu’ils ne sauront pas ce qui les as frappé » sous les applaudissements de la foule.
Durant les mois qui précèdent ce discours, Paul kagame avait été sous le feu des critiques internationales après avoir emprisonné Victoire Ingabire, Présidente des FDU Inkingi, Bernard Ntaganda, Président du PS Imberakuri ainsi que Déo Mushayidi, Président du PDP-Imanzi qui apparaissaient comme étant ses principaux challengers lors de l’élection présidentielle du mois d’aout 2010. Par ailleurs, Franck Habineza, Président du democratic green party n’avait pas non plus pu se présenter et le corps sans vie d’André Kagwa Rwisereka, son vice-président venait d’être retrouvé quelques semaines plus tôt à moitié décapité.
Le Chef d’Etat rwandais a alors profité de son discours de campagne pour répondre aux critiques internationales relatives à la répression de l’opposition «  des gens sans valeurs , des gens sans idées constructives et demain tu entends des étrangers venir dire que ce sont eux qui devraient être élus en tant que dirigeants du Rwanda, qu’ils viennent les élire et les placer chez eux, qu’ils aillent en faire leurs dirigeants. Ces idiots, ces malfaiteurs, ces divisionnistes, qu’ils les prennent, qu’ils les amènent diriger leurs pays ».

 

  1. L’omnipotent président

Dans la soirée du 14 septembre 2018, le Ministre rwandais de la justice annonçait dans un tweet laconique la libération de 2140 prisonniers dont Kizito Mihigo et Victoire Ingabire Umuhoza, l’icône de l’opposition rwandaise. Ces libérations surprises suscitaient l’espoir au sein de la communauté rwandaise et des observateurs que le pays semblait s’engager sur la voie d’un dégel politique.
Toutefois, en date du 19 septembre 2018, 5 jours seulement après ces libérations, Paul kagame venait doucher ces espoirs dans un discours devant le parlement «  L’autre jour, nous avons libéré des gens, parmi eux, se trouvaient ces stars politiques, de la politique extérieure et sans aucune base dans le pays, ce n’est pas la première fois que nous le faisons et après tu les entends (mimant de sa main droite et d’un air moqueur et méprisant une personne qui blablate), je n’ai pas demandé pardon , ils ont du nous libérer à cause de la pression; » et d’ajouter d’une voix ferme sur un ton interrogatif, « Pression ici ? » sous les applaudissement nourris du parlement, avant de continuer, « Si tu continues dans cette voie, tu vas te retrouver de retour là bas (en prison) » sous une nouvelle salve d’applaudissement et de rires des députés.
Cette scène de voir un Président de la république (chef de l’exécutif) se rendre au parlement (organe suprême du pouvoir législatif) menacer de mettre en prison (prérogative du pouvoir judicaire) une opposante politique si elle ne fait pas profil bas avait choqué les observateurs et rappelé à quel point le Général Kagame jouissait d’un pouvoir absolu au Rwanda.
 

  1. “UN should should keep quiet »

AFP PHOTO / SIMON MAINA


Le 17 septembre 2010, 1 mois et demi avant la publication du Mapping Report, Paul Kagame est interviewé par CNN. Le draft du rapport circule dans les médias, Paul Kagame est interrogé sur les résultats du rapport qui stipulaient que « La majorité des victimes étaient des enfants, des femmes, des personnes âgées et des malades, qui ne représentaient aucune menace pour les forces attaquantes ». Selon le rapport « des dizaines de milliers de civils Hutu ont été massacrés aux couteaux, à coups de marteaux et brulés vifs lors de l’avancée de l’Armée Patriotique Rwandaise et de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (…) le nombre d’attaques contre les Hutu au zaïre, qui ne faisaient pas partie des réfugiés confirme que tous les Hutu étaient visés. »
Alors qu’avant la publication du rapport le Président du Rwanda avait menacé de retirer les soldats rwandais qui étaient en mission de maintien de paix au Darfour si le rapport était publié sans modifications, ce dernier commente cet « acte d’accusation de dix ans de crimes au Congo RDC » de la sorte : « Les Nations-Unies ont toujours eu tort sur le Rwanda, non seulement en matières de déclarations mais aussi sur les actions qu’elles mettent en place ou n’ont pas mises en place quand elles étaient au Rwanda quand le génocide a commencé (…) Elles devraient juste se taire ».
Le 01 octobre 2010 la conclusion définitive de l’enquête de l’ONU sur ces massacres est publiée dans le rapport  dit « Mapping report » « Les attaques apparemment systématiques et généralisées décrites dans le présent rapport, ayant ciblé de très nombreux réfugiés hutu rwandais ainsi que des membres de la population civile hutu et causé leur mort, révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide »
 

  1. « Ce sera mon dernier mandat »

Dans la même interview accordée à CNN, à la question de savoir si son deuxième mandat était le dernier, Paul Kagame a répondu avec un ton convaincu « C’est mon dernier mandat ! je l’ai dit une centaine de fois, les gens ne veulent pas me croire, ils me disent que d’autres ont dit cela et ont changé d’avis, c’est typiquement africain…en particulier dans le cas du Rwanda, dans mon cas personnel, cela va être un plaisir de garantir que nous respectons la constitution comme elle est aujourd’hui, elle limite les mandats, ce qui permettra à d’autres d’être présidents et me permettra de partir ».
Quelques années plus tard, le 17 novembre 2015 les sénateurs rwandais adoptaient une modification de la Constitution permettant à Paul Kagame de rester au pouvoir potentiellement jusqu’en 2034, soit pour trois mandats supplémentaires. Le porte-parole adjoint de la diplomatie américaine de l’époque, avait réagi à cette réforme : « Les Etats-Unis notent avec une grande inquiétude le vote du Sénat rwandais aujourd’hui. Nous espérons que le président Kagame mènera à terme ses engagements précédents de promouvoir une nouvelle génération de dirigeants au Rwanda, et quittera ses fonctions à lissue de son mandat actuel en 2017. S’il décide de rester au pouvoir, cela pourrait avoir des conséquences sur les relations à venir ». [7]
Le 04 aout 2017, Paul Kagame, à nouveau candidat à sa propre succession après avoir écarté ses principaux challengers était réélu avec un score stalinien de 98,79% au terme d’élections que Human rights watch[8] avait qualifié des « politiquement verrouillées ».
 

  1. Que Diane Rwigara continue de se réchauffer en Prison

Le 22 septembre 2017, Diane Rwigara, candidate empêchée à la présidentielle était arrêtée en compagnie de sa sœur Anne Rwigara et sa mère Adeline Rwigara pour « incitation au soulèvement de la population ». Jambonews a retracé la chronologie de l’affaire Rwigara dans un article publié le 6 décembre 2018. Le 23 octobre 2017 les autorités rwandaises sont amenées à libérer Anne Rwigara car elle a la nationalité américaine et la diplomatie américaine s’était activée en coulisses pour suivre le dossier. C’est dans ce contexte, arrestation de la famille Rwigara décriée par la communauté internationale, que lors  du  congrès du parti FPR le 14 décembre 2017, le président Paul Kagame s’en prend à nouveau à Diane Rwigara et aux dissidents du FPR :  « Ceux du FPR qui ne respectent les principes  du FPR et qui vont défendre leur propre intérêt au lieu de défendre les intérêts des Rwandais ou les intérêts du FPR,  dans ce cas ils montrent leur faiblesse auprès de la communauté internationale, celui qui n’a pas pu te combattre en partant de l’étranger va les utiliser étant donné qu’ils sont à l’intérieur » … « une jeune fille qui souhaite devenir président soi-disant qu’elle veut la paix et voilà qu’elle a été emprisonnée, ils [la communauté internationale] lui ont promis que c’est ce qu’ils vont dire, pour entacher l’image du Rwanda. Mais ils se sont retrouvés en face du FPR qui ne craint pas ce types d’accusations. Quand ils viennent nous questionner, on leur répond ce qu’ils méritent d’entendre, nous leur avons montré les problèmes qu’ils causent ou qui sont chez eux. Ils ont fait semblant de ne plus la connaitre. ..Ils [les dissidents du FPR] sont  repartis porter les cartons (faisant référence au travail sans qualification  que font des nombreux intellectuels réfugiés politiques rwandais à l’étranger) ou elle [Diane Rwigara] est partie se réchauffer en prison »
 

  1. « Le droit de tuer Habyarimana »

Le 1er octobre 1990, le Rwanda entrait en guerre suite à une attaque perpétrée par le FPR-Inkotanyi à partir de l’Ouganda. Durant quatre ans, le territoire du Rwanda va être l’objet de différentes atrocités commises par les différents belligérants et consistant en des assassinats politiques, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité voire même des crimes de génocide commis contre certaines communautés du Rwanda. Ces violences pousseront un million de rwandais habitant dans les territoires du nord du Rwanda à quitter leurs foyers essentiellement pour le camp de déplacés de Nyacyonga.

Le 4 août 1993, un espoir de sortir pacifiquement de la crise voit le jour avec la signature à Arusha, d’accords de paix visant mettre en place des institutions démocratiques et inclusives au Rwanda afin de parvenir à une paix durable dans le pays.
Le 6 avril 1994, l’avion du Président Habyarimana est abattu alors qu’il revenait d’Arusha dans le cadre de la signature d’un protocole additionnel des accords. Cet attentat enterre les espoirs d’une issue pacifique à la crise rwandaise et est souvent considéré comme l’élément déclencheur du génocide qui commence dans les heures suivant l’attentat.
Depuis 25 ans, la controverse sur les auteurs de cet attentat alimente les polémiques.
Le 6 décembre 2006, quelques semaines après qu’un juge français l’avait accusé d’être derrière cet attentat, Paul Kagame est interrogé dans l’émission hard talk de la BBC. Dans un style qui lui est propre consistant à expliquer et justifier un crime qui lui est reproché mais sans aller jusqu’à le revendiquer clairement, justifie un tel attentat «J’ai été réfugié en dehors du Rwanda pendant 30 ans, j’avais le droit de me battre pour mes droits (…) si j’étais mort dans le même processus, est ce que ce juge serait entrain de demander qui m’a tué ? (…)  je n’étais pas responsable de la sécurité de Habyarimana et je m’en fous de sa mort, (…) j’avais le droit de combattre ce gouvernement qui m’a rendu réfugié durant toutes ces années, j’avais le droit de le combattre et ce juge veut venir me questionner ? »

Les auteurs de cet article sont conscients que d’autres discours prononcés par le chef de l’Etat rwandais en particulier durant la période 1994-2000 auraient mérité de figurer dans ce top 10. Toutefois, certains étant difficiles à retrouver, le choix de la rédaction a été de ne mentionner que les discours dont les audios ou les vidéos ont pu être retrouvés.
Ruhumuza Mbonyumutwa et Constance Mutimukeye
Jambonews.net
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[1] Le président Kagame reconnaît un assassinat politique, La libre Afrique du 15 mars 2019.
[2] Rwanda: polémique après les propos de Kagame sur l’assassinat d’un opposant, RFI du 14 mars 2019.
[3] Ibid.
[4] http://www.arib.info/index.php?option=com_content&task=view&id=1620
[5] Le Rwanda et la Tanzanie à couteaux tirés, jeune Afrique du 27 août 2013.
[6] Assassinat de Patrick Karegeya: pour Kagame, «la trahison a des conséquences», RFI du 13 janvier 2014.
[7] https://www.20minutes.fr/monde/1733247-20151118-rwanda-reforme-constitution-permettant-troisieme-mandat-kagame-adoptee
[8] https://www.hrw.org/fr/news/2017/08/18/rwanda-des-elections-politiquement-verrouillees

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